Choisir sa vie – Yukai Sensei

Choisir sa vie – Yukai Sensei

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« Quand la dernière fleur ou le dernier arbre auront été coupés, le dernier poisson aura disparu de la rivière, on se rendra compte que l’argent ne se mange pas ». Sitting bull, un chef Indien d’ Amérique

Les principes de vie du Bouddhisme sont universels et ne changent pas selon les circonstances. Guerre ou paix, richesse ou pauvreté, la loi du karma reste la même : « Faire du bien aux autres êtres apporte le bonheur, leur faire du mal la souffrance ». Dans la grande aventure de la vie, nous rencontrons beaucoup d’occasions de faire du bien ou du mal, nous pouvons aussi détourner les yeux et ne rien faire par indifférence, mais choisissons plutôt de faire du bien, cela nous épanouira. Le Bouddha teste notre compassion avant de nous ouvrir les portes de ses terres d’illumination.

Une légende Indienne

D’après l’hindouisme quatre époques mythiques se sont succédées dans l’évolution du monde, elles symbolisent chacune une manière de concevoir la relation de l’homme au monde.

-La première est la période des sages, les rishis qui vivent dans les montagnes de l’Himalaya. Le monde concret est influencé par la puissance de leur méditation sur la vacuité. Ils agissent bien au-delà de ce monde des apparences. La terre devient une sorte de paradis où tout arrive spontanément au bon moment dans la parfaite harmonie de la conscience du tout. Le cœur des hommes est libre d’ego, leur activité sans intention, sans attachement. Ils suivent leur intuition et font ce qui leur parait juste de faire ou ne pas faire à l’instant.

-La deuxième est celle de l’apparition des rois qui dirigent avec sagesse pour que tous les sujets puissent vivre en harmonie selon leurs besoins. Ils instituent des castes, nomment des ministres intelligents qui organisent toutes les activités, des législateurs qui écrivent des lois auxquelles les hommes obéissent volontiers parce qu’elles paraissent sages. Chacun trouve son bonheur et garde sa place selon le code des castes du royaume et s’en trouve satisfait. Personne ne conteste cet ordre céleste établi par une hiérarchie parce qu’elle assoit sa légitimité en se revendiquant comme descendante des dieux. La politesse, la courtoisie, le respect des rites et des formes et de l’art sont les qualités les plus appréciées, ce qui entraine à la longue un certain amollissement des qualités viriles.

-La troisième période est celle où des clans guerriers se révoltent et s’opposent dans les régions éloignées pour prendre le pouvoir à leur tour. Les valeurs les plus appréciées sont le pragmatisme, le courage, l’efficacité et la ruse pour gagner au combat. Les habitants sont enrôlés de force dans les armées et la disette se propage dans les campagnes. La misère et la mort frappent tous, même les plus jeunes. Les hommes sont exaltés par les idées partisanes de leur clan, ils oublient qu’ils ont la même essence, qu’ils sont issus de la même terre. L’esprit de division, la haine, la rancune, l’arrogance et l’esprit de revanche s’installent pour longtemps dans le cœur des hommes, ceux qui sont pacifiques sont mal vus, identifiés à des lâches ou des traitres.

-La quatrième période est la période de la fin des temps, le kali Yuga, durant laquelle, selon la légende, s’incarne la dernière des vingt-deux incarnations du dieu Visnu: « Au crépuscule de l’âge présent, lorsque tous les rois seront devenus des voleurs, le seigneur de l’univers renaitra. Il aura une tête de cheval blanc et sera appelé Kalki». « Il rétablira l’âge d’or, punira les méchants et réconfortera les vertueux, puis il détruira le monde. Plus tard sur les ruines du monde apparaitra une humanité nouvelle. »

Le sentiment du moi, puis l’orgueil et enfin l’avidité émergent à travers ces quatre étapes. C’est la décadence qui, à son apogée, entraine la fin de l’humanité parce que les hommes ne respectent plus rien. Autrefois, prier Dieu ou la nature était équivalent, la nature était la partie visible de Dieu et la respecter revenait à respecter Dieu. On accordait une partie de la conscience de Dieu aux animaux et aux plantes des forêts. On ne les considérait pas comme des objets inanimés, c’est en les respectant que l’on vivait en harmonie avec la nature et qu’on trouvait le bonheur et la santé.

Garder sa sérénité dans un monde incertain

Quelles que soient les situations, le meilleur que nous puissions faire pour améliorer notre sort et celui des autres, c’est de garder notre cœur calme et serein. Une femme juive avait été envoyée dans un camp de concentration pendant la guerre, elle était pianiste et enceinte quand elle fut arrêtée. Les allemands ne tuèrent pas l’enfant, pour des fins de propagande, ils la montraient aux journalistes avec son bébé, pour dire qu’ils traitaient les juifs de manière humaine. Il n’y avait presque rien à manger, mais malgré tout, elle gardait toujours le sourire et riait. Elle jouait dans l’orchestre du camp et considérait, que c’était son devoir de transmettre sa joie quand elle jouait des morceaux de musique classique aux autres prisonniers qui venaient l’écouter. A son enfant, qui se plaignait parfois qu’il avait faim, elle répondait en riant en disant qu’on n’a pas besoin de manger. C’était des conditions extrêmes, mais même après la guerre elle considéra, que cultiver la joie intérieure permet de dépasser petit à petit tous les problèmes. Elle vécut très vieille plus de cent ans et bien lucide. Il ne faut jamais perdre espoir, par sa détermination elle a sauvé la vie des autres prisonniers qui trouvaient grâce à elle la force de vivre, parce qu’elle rayonnait son amour et sa gentillesse, grâce à la musique. Le plus beau cadeau, que nous puissions faire, c’est de rester calme et aimant, quand tous s’agitent et se désespèrent autour de nous. Si vous arrivez à ne jamais critiquer, à ne jamais juger, ni vous mettre en colère devant tout ce qui se passe dans le monde, je vous rends hommage. C’est tellement rare un cœur joyeux que vous serez vite remarqué et votre destin sera d’être heureux car vous attirerez les gens comme une fleur épanouie attire les papillons.

La lumière pour la vie

L’origine de toutes les crises à venir est le manque de sagesse due à l’avidité des hommes. Le sage Gandhi disait : « La terre est assez grande pour nourrir tous les hommes mais insuffisante pour satisfaire l’avidité de chacun».

Le temple Kômyo-in est le temple de la lumière pour la protection de la vie des hommes et des espèces végétales et animales. Nous avons oublié combien l’apparition de notre vie sur terre est récente et fragile, et si nous manquons de sagesse, elle risque d’être brève. Les hommes sont obnubilés par la croissance économique, ils appellent le progrès une activité qui est mal orientée et qui détruit l’environnement. Elle vise à apporter du confort et du superflu à une minorité d’hommes des pays riches, en détruisant ce qui est vital pour tous les autres sur la planète. Le résultat, c’est que 30% de la biodiversité a disparu sur terre et 60% dans les mers du fait de la pollution, et le phénomène ne fera que s’accentuer dans les années qui viennent. Nous détruisons ce qui est l’essentiel, l’écosystème, qui permet aux hommes, aux animaux et aux plantes de coexister sur terre. La vie est une symbiose, chacun a besoin des autres pour survivre. Dans la longue évolution de la vie sur terre, c’est le végétale qui est apparu en premier qui a produit de l’oxygène par la photosynthèse, ce qui a permis ensuite l’apparition de la vie animale. Actuellement, il y a de moins en moins de production d’oxygène dans l’atmosphère parce que nous détruisons les forêts et la vie du plancton sur les océans qui sont rendus acides par le gaz CO2 qui se dissout dans l’eau. Donc dans le futur, nous manquerons d’oxygène et la vie animale ne sera plus possible. Hubert Reeves, un savant astrophysicien écologiste en France, dit que nous sommes dans la phase de la sixième extinction de la vie sur terre. La cinquième était due à un météorite qui a frappé la terre et ouvert l’écorce terrestre. Le feu a consommé brusquement tout l’oxygène et tous les gros dinosaures ont été asphyxiés, seuls ont survécu quelques petits mammifères. Les effets d’un comportement nocif sur la flore se manifestent souvent tardivement dans le temps par des maladies, et dans un autre environnement, il est difficile parfois de prouver le lien de cause à effet. Cependant les épidémies de sida et d’Ebola qui touchent la terre entière sont directement liées à la déforestation en Afrique, le même phénomène existe aussi en Amérique du Sud. Etre écologiste, c’est considérer que la santé et la qualité de la vie des hommes au niveau moral et spirituel sont les valeurs les plus importantes à respecter. Le monde de l’industrie est dominé par des gens à l’esprit concret qui pensent à court terme et ils sont durs, sans état d’âme dans leurs décisions, car ils ne voient que l’intérêt financier de leur entreprise. Ils ne peuvent pas tenir compte de l’environnement parce qu’ils sont pris par les contraintes de la concurrence mondiale. Mais, c’est rabaisser l’homme au rang d’un animal que de l’exploiter comme par exemple au Bengladesh où les gens sont sous-payés et traités comme des esclaves pour produire les vêtements vendus dans les pays riches. L’économie doit être au service de l’épanouissement humain et les hommes n’ont pas à être au service du profit des multinationales. Le Bouddhisme enseigne que le corps humain est très précieux parce qu’il possède toutes les qualités pour atteindre l’éveil intérieur, encore faut-il que la qualité de sa vie le lui permette ! Le pouvoir de la finance et des multinationales est beaucoup trop grand par rapport aux états qui perdent leur autonomie, alors qu’ils sont censés protéger les valeurs de la société. Maintenant la société de consommation veut imposer ses valeurs matérialistes et transformer les hommes en machines à produire et à consommer avec le minimum de liberté de penser pour qu’ils ne remettent pas en question l’ordre établi. Cette gestion politique est une régression à un stade de domination féodale qui entraine la décadence des valeurs morales de la société. Diminuer le coût de production pour donner plus de dividendes aux actionnaires des pays riches ne justifie pas qu’on agisse sans penser aux effets à long-terme sur la nature et à la souffrance que l’on impose aux autres hommes. La vie est une, chaque vie en vaut une autre, c’est en prenant soin les uns des autres que nous nous sauverons collectivement

La solution est d’ordre spirituel

L’idéal d’un bien-être matériel généralisé comme dans les années 1950 n’est plus réalisable car c’est la fin de l’abondance, toutes les ressources dont le pétrole sont en train de se raréfier. La crise économique qui touche le monde entier ne fait que commencer et elle va s’aggraver. Le chômage s’étend et jamais, nous n’avons eu autant besoin de compassion pour secourir les plus pauvres dans une société en pleine mutation où il faudra désormais vivre plus simplement parce que tout sera plus rare et aura un prix plus élevé. L’important, c’est que les hommes comprennent enfin, que leur passage sur terre est juste une occasion précieuse de faire un peu de bien, de se purifier des passions et d’accéder ainsi à un autre niveau de perception de la force de vie de l’univers. Les choses matérielles perdent alors de leur intérêt et spontanément, on se sent devenir plus solidaire et respectueux vis-à-vis des autres êtres vivants et des végétaux de la planète. Beaucoup de jeunes ont perdu la foi parce qu’ils ne comprennent rien à la religion, comme ils sont intellectualisés, ils pensent que c’est une sorte d’endoctrinement et que c’est ennuyeux de prier, ils se trompent. Si on persévère un peu, c’est agréable et amusant parce qu’on change à l’intérieur. On n’est plus une graine enfouie dans le sol, on devient un arbre qui communique avec la vie par ses branches et ses feuilles. Pour développer une vie intérieure, il faut prier régulièrement et aussi préserver sa tranquillité. Donc il est préférable de cultiver le contentement et d’avoir une vie équilibrée, au lieu de courir sans cesse après quelque chose. Pour se libérer de ses désirs, il suffit de prendre conscience combien les satisfaire risque d’être aliénant. Rechercher les plaisirs du monde, c’est comme vouloir étancher sa soif en buvant de l’eau salée, plus on boit plus on a soif. Savoir lâcher-prise apporte la paix, la sérénité, il s’agit donc de développer le détachement progressif aux choses, aux gens et surtout à soi même. Le petit véhicule encourage cette démarche par ces mots « Je laisse là, j’écarte, je dépose». Les connaissances intellectuelles sur la religion sont nécessaires mais elles restent une approche superficielle, s’en contenter empêche la compréhension directe de ce que c’est la religion par le cœur. Le Bouddha Sakyamuni a eu un moment de découragement après son illumination : « Ma doctrine est profonde, subtile, qui peut la comprendre ?». C’était la dernière tentation de Mara qui le poussait à devenir un Bouddha pour soi et choisir la facilité de quitter le monde sans enseigner. Après cinquante ans de pratique intensive et des ascèses sévères, j’ai fait des progrès pour savoir prier, mais chaque jour j’apprends encore quelque chose sur le monde spirituel et la nature de Bouddha. Les hommes sont tellement pris par leurs activités mondaines qu’ils ne sentent pas la nécessité de développer leur vie intérieure. Dans ce cas, la question demeure, pourquoi et comment leur expliquer la voie ? Chacun vit à différents niveaux d’éveil intérieur et se fait sa petite philosophie en croyant avoir tout compris. Mais cela peut changer, après une crise qui ébranle les croyances sur soi et les autres. La souffrance, un deuil peuvent amener à se poser les bonnes questions et donner envie de prier au temple en demandant une aide, qui viendra sûrement transformer notre vie et nous fera évoluer. Quel que soient les problèmes, pour un bouddhiste, il faut se changer soi- même avant de vouloir changer les autres. Pour bien prier, il s’agit de rester sans juger qui que ce soit, pour devenir toujours plus aimant, plus doux, plus humble, en remerciant pour la lumière qui vient et qui sort du cœur quand on respire. La sainte chrétienne Thérèse d’Avila disait : « Quand je prie, je ne lui parle pas, je l’aime ». La prière sans cogitation, sans intention personnelle est la plus puissante, c’est une force d’amour pure qui agit directement sur le cœur de tous les hommes dans le monde. Faire les bons choix pour orienter sa vie dans le but de servir l’humanité et développer sagesse et compassion, c’est cela la voie du Bouddhisme.

Choisir sa vie

Tout enfant est un mystère et un être unique, il est préférable de chercher à connaître sa personnalité pour l’accompagner à réaliser ce qu’il a au fond de son cœur plutôt que de vouloir lui imposer ce qu’on pense être bien pour lui. Parfois il y a des comportements dans l’enfance ou des signes dont le sens sera compris bien plus tard. Kôbô Daïshi, enfant, façonnait des petites statues de Bouddha pour les prier. Pour ma part, j’avais une dizaine d’années quand mon père m’apporta deux petites statues en bois de moines bouddhistes mendiants avec leurs chapeaux caractéristiques et leur bol. A trente ans, j’ai mendié longtemps avec ma femme dans les rues de Tôkyô et dans le Kansai pour acheter une statue de Bouddha et nous étions exactement habillés comme cela. Nous croyons que nous décidons de notre vie mais les tendances de notre caractère viennent des vies passées et elles orientent nos choix. Nous aimons faire ce que nous avons déjà fait et nous avons une manière spécifique de comprendre le monde, puis le karma intervient et nous fait rencontrer exactement les gens qu’il faut pour qu’il se manifeste. Bien sûr, notre volonté joue aussi son rôle, un proverbe dit : « Si tu veux tracer ton sillon droit accroche ton regard à une étoile », un autre « C’est en faisant des sacrifices et en se concentrant qu’on se ménage les plus hautes espérances » ou encore un principe de la franc-maçonnerie dit que pour réussir il faut : « Savoir, vouloir, oser, se taire ». C’est bien de vouloir et de s’organiser dans tout les détails pour réussir dans son projet, mais quelqu’un a dit aussi : « On se donne beaucoup de mal à monter les barreaux d’une échelle sociale pour se rendre compte finalement qu’elle n’était pas appuyée sur le bon mur». Le succès dépend de la concentration de la pensée sur un but unique. Chaque choix de vie entraine des contraintes, il faut donc prendre le temps de se demander, avant d’agir si l’enjeu en vaut bien la chandelle et s’il est bien en harmonie avec la direction que nous avons déjà donnée à notre vie et à celle de nos proches. Avoir du sens pratique permet d’éviter de se disperser dans dix activités à la fois qui peuvent être contradictoire, donc il faut maintenir ses efforts jusqu’à obtenir le fruit. Maintenant tout le monde n’est pas obligé de trop se concentrer pour réussir, il y a vraiment des gens très intelligents qui peuvent tout faire à la fois ! Choisir sa vie, c’est à chaque instant qu’on le fait en faisant de son mieux chaque acte quotidien, aussi anodin soit-il en lui-même, c’est ainsi que nous formons nous-même, notre caractère et accumulons la force intérieure qui donnera le succès. Ranger, balayer, parler gentiment, doucement, chercher à comprendre les autres, contrôler son hygiène de vie en évitant les abus de nourriture ou de boisson permet de garder son harmonie intérieure. De même, il faut mieux éviter de regarder la télévision et tout ce qui peut salir le cœur ou faire perdre du temps ou de l’énergie. Rien n’est anodin, car tout acte, toute parole, toute pensée laissent des traces dans notre subconscient et après nous avons tendance à renouveler ce type de comportement. Il est facile de tomber, difficile de monter. Nous recevons à la longue ce que nous avons semé. Ceux qui cultivent consciemment la droiture de leur caractère résistent au découragement et au laisser-aller parce qu’ils ont la certitude d’être dans la bonne voie. Pour transformer sa vie en une méditation dans l’action, il faut toujours prier en travaillant et garder une partie de son esprit disponible qui observe les pensées pendant qu’on agit. Coller droit un timbre sur l’enveloppe, c’est ainsi qu’on se perfectionne soi-même, tout en assumant la vie concrète.

L’apport des parents

C’est une grande chance pour des enfants d’avoir eu des parents qui ont su leur donner une bonne éducation. Au moyen âge, le jour de son ordination, le chevalier recevait ses armes, et au moment où il ne s’y attendait pas, une grande claque sur le visage en lui disant « De servir la veuve et l’orphelin ». Ce choc était destiné à ce qu’il n’oublie pas ses vœux altruistes, ses armes devaient être au service d’une cause noble, pas de son égoïsme. Eduquer, c’est enseigner le sens de ses responsabilités vis-à-vis des autres. La politesse d’un enfant qui dit : « Merci, s’il vous plait, excusez-moi », signifie qu’il sait qu’il n’est pas le centre du monde et qu’il pense aux autres. Prier ses ancêtres devant l’autel en faisant des offrandes, c’est un témoignage de respect et de reconnaissance qui harmonise le cœur avec eux, ainsi unis tous deviennent plus forts. La vie, c’est un cadeau que les autres nous ont fait, on n’a pas à réclamer des droits ou se plaindre. Nous voudrions que tout soit parfait mais ce n’est pas le cas et c’est bien ainsi car c’est à travers cette vie imparfaite que nous pouvons développer des qualités intérieures, le courage, l’intelligence, le sens de l’humain, le pardon. Si les parents nous ont aidés, tant mieux, s’ils ont fait des fautes, tant pis. Ils ont fait de leur mieux selon le niveau de leur évolution personnelle. Remercions-les d’avoir été là pour nous donner la vie et faisons de notre mieux pour les rendre heureux. La prière régulière peut aider à se débarrasser définitivement de tous les chagrins et traumatismes de l’enfance, en sachant que c’est notre karma qui nous a fait naitre dans cette famille, sans doute pour de bonnes raisons. Peut-être avions-nous quelque chose à apprendre à travers cette rencontre? Les parents apportent plus que des moyens matériels, ils enseignent leur philosophie de la vie. Une mère résolument optimiste et active disait à son fils quand il doutait de lui « Petit oiseau, si tu ne sais pas encore voler, tu peux déjà marcher ». Si leur image du monde est positive, les enfants auront confiance en eux et ils auront de la chance. Une famille est une unité où chacun influence les autres par mimétisme, un karma collectif lie ses membres et si les parents prient, méditent régulièrement, ils purifient en même temps le karma de leurs enfants et leur apportent la réussite. J’ai vu une mère prier avec succès Kangi-ten pour que sa fille fasse un beau mariage, un fidèle japonais de Kômyo-in qui prie beaucoup a certainement aidé ses deux fils à réussir dans leur vie. Ils sont devenus à trente ans, chacun directeur de deux grands magasins à Paris. La chance ne vient pas par hasard, elle est le fruit de la vertu des parents qui ont souvent plus de force et de bon sens que leurs enfants. Un cœur pur permet d’avoir des intuitions pour écarter les pièges et les obstacles inattendus. Ce qu’on ressent au fond de son cœur est très révélateur de la réalité cachée des choses. A chaque instant de sa vie, il faut confier sa vie aux Bouddhas pour avoir toujours de bonnes intuitions.

L’apport de la vie sociale Choisir sa vie extérieure, cela commence par savoir choisir ses amis et ses fréquentations, c’est important, parce que chacun est entouré d’un nuage de pensées qui peuvent s’échanger et ceci va nous influencer. Il y a des gens qui apportent le bonheur autour d’eux et d’autres le contraire, c’est mieux de savoir à qui on a affaire le plus tôt possible pour ne pas se laisser parasiter. Par hygiène personnelle, il faut fuir les gens agressifs, menteurs, profiteurs, égoïstes, manipulateurs etc. Parce qu’ils ne créent que des problèmes autour d’eux et des déceptions à la longue. Le conjoint joue un rôle fondamental car il freinera ou stimulera nos aspirations en fonction des siennes. Une dame japonaise qui arrange des mariages, comme cela se fait en Asie, disait que pour savoir si les partenaires d’un couple étaient fait l’un pour l’autre, elle rencontrait les membres des deux familles et remontait ainsi jusqu’aux grand parents. S’il n’y avait pas de problème majeur dans les deux familles, alors elle pensait que le couple serait stable. Dans la pratique journalière, nous faisons des vœux fervents pour le bonheur des autres êtres, en répétant le mantra d’éveil du cœur de compassion, par effet miroir, cela attire les vrais amis, le bonheur et toutes les circonstances favorables. C’est comme la lumière dorée d’un phare qui fait fuir les mauvaises influences et attire les amis sur le bateau du bonheur. Si on prie, comme cela, chaque matin, tout ira toujours pour le mieux dans la journée. A l’inverse la lumière sombre et rouge des pensées de haine, de rancune, de jalousie qu’on rumine, attire les ennuis sur soi et sur ses proches. Matsumoto Jitsudo disait « Cultiver la joie fait venir le bonheur ». La religion, c’est élever la qualité de la lumière qui émane de son cœur en surveillant ses pensées et en ne leur cédant pas quand elles sont négatives. Un cœur apaisé, voilà ce dont nous avons le plus besoin pour être heureux et attirer spontanément encore plus de bonheur. J’avais sans doute un bon karma car j’ai eu des maitres spirituels exceptionnels, d’une grande sagesse et d’une grande profondeur. Ils ont toujours été pour moi une source d’inspiration formidable. Ils ont su me donner des conseils, que j’avais notés dans un carnet. Bien des années après, ils se sont révélés extrêmement utiles pour m’éviter de faire des mauvais choix dans ma vie. Même après leurs disparitions sur terre, j’ai senti qu’ils ont continué à me protéger et m’inspirer dans la vie quotidienne. Le monde des dieux et des bouddhas prend soin des fidèles fervents. Matsumoto jitsudo racontait l’histoire de cet homme qui était venu au temple prier Kangi-ten au lieu d’aller au travail et il expliquait cela parce que Kangi-ten l’avait appelé. Quand j’étais jeune par orgueil, je croyais surtout en moi, dans ma volonté et mon intelligence personnelle. Maintenant, je vois surtout mes défauts et je pense que pour vivre en harmonie avec la vie, il faut mieux choisir de s’en remettre avec confiance à la volonté des Bouddhas. C’est l’impatience et la peur de manquer un projet, qui nous font vouloir passer en force et tout de suite, il est préférable d’accepter le rythme de la vie, tout en faisant bien sûr de son mieux chaque jour, pour régler tout ce qui vient au fur et à mesure. L’environnement est représentatif de notre intériorité, donc gardons toujours, autour de nous, les lieux bien propres et harmonieux, car le beau attire le beau et le bonheur. Choisir sa vie ne signifie pas donc imposer sa volonté personnelle, mais rester doux et humble et rechercher l’harmonie avec la vie.

A qui nous nous identifions ? J’ai connu le PDG d’une grande entreprise japonaise à Paris qui avait mis un tableau à la sortie de son bureau représentant un homme très bien habillé avec une rose à la place de son visage. Il voulait s’identifier à ce personnage de douceur charmante par souci d’efficacité dans les rapports avec son entourage. Nous devenons à la longue ce que nous pensons constamment et ce à quoi nous nous identifions. Si nous pensons que nous sommes des Bouddhas en formation, notre vision du monde sera différente que si nous pensons que nous sommes un businessman ou un voleur. C’est pourquoi les cérémonies d’initiations sont si importantes pour signifier un changement, un renouvellement de la personnalité et de ses comportements. Le mariage, une cérémonie de consécration de prise de refuge dans le bouddhisme, la prise de vœux de bodhisattva, ou la cérémonie de fin d’étude ou d’entrée dans un collège signifient qu’on a choisi de maintenir des convictions ou un engagement même dans l’adversité. Maintenant que nous connaissons cette loi psychologique, rien ne nous oblige à continuer à nous identifier à un comportement passé nocif. Nous ne sommes pas définitivement quelque chose, parce nous avons fait par exemple une bêtise dans notre jeunesse, tout change heureusement ! Même les plus grandes fautes seront pardonnées, si on se repent sincèrement. Un des plus grands policiers français avait commencé sa carrière du côté des délinquants. Ce n’est pas facile de devenir un saint du premier coup, aussi, si nous chutons à nouveau, ce n’est pas grave, Il faut faire comme Bodhidharma, se redresser bien droit et continuer ses efforts. Pour nous aider, notre idéal peut être symbolisé par un dessin qui sera agrafé au mur en face du lit où on dort. Si on prie en le regardant avant de s’endormir, tout en faisant des vœux, les aides viendront la nuit pour nous conseiller dans des rêves. La foi est le meilleur guide pour nous en sortir. Choisissons d’imprégner notre subconscient d’images positives valorisantes et l’idée que nous nous faisons de nous-même évoluera. De même nous changerons si nous lisons la vie des grands saints, les pensées des grands hommes qui ont changé le monde, ou si nous imitons directement le comportement des gens dévoués que nous connaissons et admirons. Chaque jour, je mets des offrandes devant la photo de mes maîtres en leurs demandant de m’inspirer ou de m’aider à bien gérer tous les soucis de la vie. Bien qu’ils soient disparus depuis longtemps, je les sens toujours présents et très vivants dans mon cœur. Je continue à prier pour eux et leur demande comment ils vont de l’autre côté. Dans la journée, je fais ensuite de mon mieux à chaque instant et ainsi, petit à petit, je développe des idées et des comportements identiques à eux parce que je les aimais et les admirais beaucoup. Je voudrais devenir aussi bien qu’ils étaient. C’est le même idéal, qui inspire toutes les lignées des maitres du bouddhisme dans le monde entier, ils souhaitent fusionner par le cœur avec le Bouddha Sâkyamuni et manifester sa compassion. Sakyamuni est représenté sous la forme de Daïnitchi-nyoraï dans le shingon pour mieux expliquer les étapes de son illumination. La vie, c’est le mouvement, c’est en faisant des efforts quotidiens qu’on devient fort, en réfléchissant qu’on devient intelligent, en accumulant plein de petits actes de gentillesse et de générosité qu’on deviendra un jour un grand saint. Ne vous découragez pas dans l’adversité, souvenez-vous que tout a une fin, même les ennuis. Vous n’êtes jamais seul, abandonné. Réjouissez-vous, car si vous l’appelez à l’aide dans votre cœur, le Bouddha viendra et il vous aidera.

Le monde change

La crise majeure qui menace l’avenir de l’humanité est d’abord d’ordre écologique. Dans les cinquante prochaines années, il faudra faire face à de grands bouleversements écologiques, économiques, politiques et s’adapter. Passer d’une économie du gaspillage à une industrie du recyclage permanent demandera des efforts. Pour le moment, il n’y a pas beaucoup de signes qui montrent que les hommes sont prêts à changer leur mode de vie. Pourtant, à quoi sert de continuer à produire des voitures individuelles qui vont épuiser nos réserves de pétrole ? La montée des eaux des océans provoquera des déplacements importants de population et il faudra une infinie compassion pour accueillir tous ces hommes et ces femmes, en se souvenant que la loi du karma est vraie. Faire du bien, soigner, secourir, nourrir les autres apporte en définitif le bonheur. Pour affronter la crise, il faut d’abord de la fraternité humaine. Si nous prions, des réformateurs, des savants, des ingénieurs, et d’autres grands religieux comme Kôbô-Daïshi apparaitront, et viendront à bout de toutes les difficultés. Gardons espoir, vivons sans crainte même dans les épreuves. Le Bouddha ou Dieu nous aime et il viendra nous aider. Essayons de vivre pour un idéal qui permette à toute l’humanité d’évoluer. Agir pour un idéal, c’est beaucoup mieux que de ne rien faire ou de passer son temps à se divertir, cela donne du sens à sa vie. Quand le monde connaitra de grandes difficultés, il faudra plus d’hommes de prière et de bonnes volontés. Charlie Chaplin, en 1942 produisit « Le Dictateur», il y jouait le rôle d’un petit coiffeur, mais on le prenait pour un dictateur qui lui ressemble et dans la dernière tirade, il exprimait sa profonde humanité et son espoir dans un monde meilleur.

« Nous voudrions tous nous entraider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voudrions donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur. Nous ne voulons ni haïr, ni humilier personne. Dans ce monde chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle, libre mais nous l’avons oublié. L’envie a empoisonné l’esprit des hommes, a élevé des barrières de haine, nous a plongé dans la misère et les effusions de sang. Nous maitrisons la vitesse, mais nous nous sommes enfermés en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent dans l’insatisfaction. Notre savoir nous a rendu cyniques, nous sommes inhumains à force d’intelligence. Nous pensons trop, nous sentons trop peu. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de gentillesse et de douceur. Sans ces qualités, la violence dominera la vie et tout sera perdu. L’avion et la radio nous ont rapprochés. La nature de ces inventions appelle la bonté, la fraternité universelle. En cet instant, ma voix atteint des millions d’hommes, de femmes, d’enfants qui désespèrent, victimes d’un système qui contraint à torturer et à emprisonner les innocents. A ceux qui m’entendent, je dis : « Ne désespérez pas. Notre malheur actuel est né de la cupidité, de l’amertume de ceux qui redoutent le progrès. La haine passera et les dictateurs mourront et le pouvoir pris au peuple reviendra au peuple. Tant que des hommes mourront, la liberté ne périra pas. Soldats ! N’obéissez pas à cette minorité qui vous méprise et vous opprime et dicte vos actes. Qui vous dicte que faire et que sentir ! Qui vous apprivoise, qui fait de vous du bétail, de la chair à canon. Ne cédez pas à ces êtres inhumains aux cerveaux et aux cœurs de machines. Vous n’êtes pas des machines ! Ni du bétail, mais des hommes ! N’ayez pas de haine sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n’est pas fait d’amour. Soldats ! Ne luttez pas pour l’esclavage, combattez pour la liberté ! St Luc a écrit : « Le royaume de Dieu est en l’homme ». Non pas un, ou un groupe, en tous les hommes ! En vous ! C’est vous le peuple, qui avez le pouvoir de créer le bonheur ! Vous avez le pouvoir de rendre la vie libre et belle, d’en faire une merveilleuse aventure. Au nom de la démocratie, usons de ce pouvoir et unissons nous ! Combattons pour un monde nouveau, un monde juste qui donnera à tous du travail, un avenir aux jeunes, une sécurité aux plus vieux. En vous promettant cela des brutes ont pris le pouvoir. Ils mentaient, ils n’ont pas tenu leurs promesses et ne les tiendront jamais. Les dictateurs se libèrent eux-mêmes mais asservissent le peuple ! Luttons maintenant pour accomplir ces promesses ! Luttons pour libérer le monde de la haine et de l’intolérance. Luttons pour un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront au bonheur de tous ! Soldats, au nom de la démocratie, unissons nous ».  Yukaï senseî

One Response to "Choisir sa vie – Yukai Sensei"

  1. Cassien Posté le 03/07/2015 à 13:38

    Il s’agit d’une description de l’homme tel qu’il n’est pas encore, tel qu’il devrait être et tel qu’il sera, s’il accepte de se mettre en question, cultiver en lui les vertus de lâme pour que cette dernière lui révèle sa puissance divine. Ce texte suscite l’envie d’être meilleur. La religion qui élève l’homme jusqu’à la hauteur de la comprehension, du service et de la sagesse, est utile dans cette période que vous décrivez comme du dernier âge: le présent, pendant lequel, à son crépuscule: « lorsque tous les rois seront devenus des voleurs, le seigneur de l’univers renaitra ». J’adore la pensée, la tradition, la philosophie du Bouddhisme pur et traditionnel. Je pense qu’un chrétien moderne (je suis chrétien), en plus de ses prières, devrait compléter sa foi avec les pratiques bouddhiste (concentration, méditation, contemplation, la communion avec le Saint Bouddha). Ce texte donne de l’espoir qu’il y a encore des humains épris de l’amour pour la nature, l’homme et les dieux, qui oeuvrent sans faire du bruit pour faire avancer le monde vers les lendemains meilleurs. Leur silence donne, peut-être, l’efficacité à leur action invisible.

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