« Tout est un, tout est égal, tout est Daïnitchi Nyoraï »

« Tout est un, tout est égal, tout est Daïnitchi Nyoraï »

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« Tous les hommes sont frères. Personne n’est grand, personne n’est petit, tous sont égaux ». Rig Véda (1500 ans av JC)
La prière et la méditation purifient notre monde intérieur de ses passions. Avec le temps et la pratique, notre intelligence et notre sensibilité s’accroissent et nous devenons moins égocentriques, alors nous nous éveillons à la compréhension du sens de l’unité. Tout ce qui existe dans le monde concret est l’expression d’une seule et même conscience qui s’exprime à travers la vie et la personnalité d’une multitude d’êtres sensibles. Ce texte cherche à montrer qu’il est possible de concilier avec réalisme la vie dans le monde concret avec l’approche religieuse intérieure quand, après une longue pratique de la méditation, on perçoit le monde comme un océan de lumière infinie et aimante.

 
L’éveil du cœur de compassion
Le roi de Kosara  demanda à la reine: « Qui aimes-tu le plus ? ». La reine réfléchit et répondit : « C’est moi, que j’aime le plus. ». Le roi dit : « Moi aussi, c’est moi-même que j’aime le plus.». Ils allèrent ensemble voir le Bouddha Sakyamuni pour lui demander conseil. Le Bouddha dit : «  Chaque être s’aime lui-même le plus, aussi il faut traiter chacun avec beaucoup de respect. »
Depuis toujours, les conflits se succèdent dans le monde car chacun ne pense qu’à soi. Que pouvons-nous faire pour l’améliorer car notre force parait insignifiante ? La seule chose que nous pouvons changer de manière sûre dans le monde, c’est notre propre cœur en cultivant la sagesse et l’amour. On pourrait penser que l’effet se limite juste à notre proche entourage, mais cette influence s’exercera de manière bien plus profonde et lointaine dans l’espace et le temps. Quand nous nous oublions nous-même, en souhaitant le bonheur des autres êtres, nous nous relions au monde des Bouddhas et nous devenons bien meilleurs que nous pensions l’être d’habitude car nous devenons aussitôt des aspirants-bodhisattvas. Nous entrons par l’esprit dans l’université invisible qui fait mûrir les âmes, nous rencontrons par la pensée des maitres du temps passé ou présent et leur lumière descend dans notre cœur. Ils acceptent par compassion les offrandes que nous avons disposées sur notre autel et notre rayonnement s’accroit en les priant. L’énergie de notre cœur devient plus subtile et elle se répand au loin et pénètre par sa douceur dans le cœur de tous les êtres, elle leur donne envie de vivre ensemble. Vivre de manière juste signifie vivre le cœur en paix, en cultivant la joie, et l’action de grâce, c’est ainsi que nous nous relions au Bouddha et nous devenons un canal pour que s’exprime sa volonté. C’est cela, réaliser « sokushin jobutsu », c’est à dire devenir Bouddha dans cette vie avec ce corps.

 

Quelle place avons-nous dans ce monde ?
Le pouvoir de la prière est immense ! Il y a bien longtemps, un moine priait seul dans un désert quand il vit arriver vers lui un lion. Aussitôt, il fit une prière : « Seigneur viens à mon aide, donne des sentiments humains à cet animal sauvage.». Le lion fut immédiatement touché par la grâce du ciel. Il s’approcha doucement du religieux en le regardant avec gratitude et se prosternant à genou, il dit en levant les yeux au ciel: « Seigneur, je te remercie pour ce repas que je vais prendre.» Le religieux croyait que le lion allait l’épargner parce qu’il était un idéaliste, il avait une bonne opinion de l’homme selon les valeurs de sa foi, mais le lion, lui, était un réaliste, il connaissait bien la cruauté des hommes vis-à-vis des animaux. Il considérait désormais qu’il avait été choisi par Dieu pour se comporter désormais comme un humain égocentrique et il était donc normal qu’il utilise chaque opportunité pour satisfaire ses besoins vis-à-vis des autres créatures considérées comme inférieures. Même si l’esprit du Bouddha est omniprésent dans toutes les créatures, nous devons rester prudents et ne pas fréquenter n’importe qui et les lions aussi entre autres. Les religions d’Occident qui suivent le livre « la Bible » donnent une trop grande place à l’homme qui est considéré comme le centre de toute la création. Selon la symbolique de ce livre, l’homme originel vivait au paradis en harmonie avec tous les animaux jusqu’à ce qu’il mange le fruit de la connaissance, une pomme. Il prend alors conscience de lui-même, il perd son innocence, Il décide de ce qui est le bien, de ce qui est le mal. C’est ce fort sentiment de dualité entre l’esprit et la nature qui dirige et justifie actuellement, l’évolution agressive des économies des pays de civilisation judéo-chrétienne. Nous sommes là pour dominer le monde et en extraire partout de la richesse sans penser aux conséquences sur l’environnement. Il n’y a ni respect, ni compassion vis-à-vis de la faune ou de la flore, et des habitants humains autochtones qui perdent leurs ressources alimentaires. L’industrie et la pollution détruisent plus de vies sur la planète que la guerre et les scientifiques disent que nous sommes dans la période de la sixième extinction de la vie sur terre. La richesse de quelques uns s’accumule en faisant le grand malheur de beaucoup d’êtres qui ne peuvent ni protester ni se nourrir. En Inde, et dans d’autres civilisations l’homme n’existe qu’à travers son contact harmonieux avec la mère nature. L’idée maîtresse, c’est qu’il faut vivre ensemble en se respectant parce chaque être a de la valeur, il exprime la volonté des dieux de l’univers .Cette compréhension globale du phénomène de la vie est plus réaliste du point de vue écologique. Quelles limites donner à notre amour
La cause initiale de l’éveil spirituel est le développement de l’amour, mais quelle sorte d’amour ? L’amour consiste à vouloir faire du bien aux autres et la compassion cherche à les soulager de leur souffrance, mais à qui ces sentiments s’adressent-ils ? Sont-ils réservés à un clan, un pays, une race, ou s’étendent-t-ils à l’humanité en entier et à tout ce qui vit ? Si on ne fait que penser à soi, à son groupe, ou à son pays on justifie ensuite une hiérarchie de valeurs en fonction de critères qui déterminent ce qui est juste de manière restrictive. La guerre était normale pour les vikings de Norvège qui priaient des dieux guerriers, car pour se nourrir, ils devaient aller piller les ressources des pays ensoleillés. Le bodhisattva Fuguen bosatsu représente la bienveillance universelle d’un être désintéressé, capable de comprendre l’autre sans le juger et qui reste attentif à lui apporter ce qui est le meilleur pour son développement. La qualité des sentiments dépend donc aussi de la qualité de la réflexion, les deux sont intimement liés entre eux. Les conflits ou les frustrations des hommes leur donnent des pensées dures et haineuses qui ensuite les poussent à se combattre et à agir cruellement. La prière au bodhisattva Kannon, qui écoute nos prières, transforme toutes les énergies négatives, en jolies formes de Bouddhas dont la lumière dorée, douce et aimante apaise les disputes. La prière ouvre le cœur et lui donne un peu d’empathie, puis on accepte d’écouter celui qu’on pensait être si différent de soi ou de mauvaise foi, alors la colère diminue un peu puis enfin la peur s’efface. Petit à petit l’amour revient ce qui donne à nouveau aux hommes envie de se comprendre, de se pardonner, de se protéger mutuellement. Ceux qui prient régulièrement font le constat quotidien qu’ils ne sont plus seuls à faire face aux difficultés de la vie, ils sentent une force aimante proche d’eux pour les aider. Au début, on ne comprend pas pourquoi prier est efficace, mais c’est le lien avec le monde de la sagesse des Bouddhas qui nous guide. Notre intuition vient d’eux et elle guide toutes nos actions ; ce lien part de notre cœur et va toucher dans l’invisible le cœur d’êtres de lumière pure qui sont capables de nous comprendre et de voir bien mieux que nous les causes et les conséquences de tous nos actes, ainsi que ceux de notre entourage. Alors, ils nous donnent soit en rêve, soit par la pensée de bonnes idées qui s’avèrent être exactes et très utiles pour notre bonheur et notre épanouissement. Ceux qui prient le Dieu Kangi-ten connaissent bien les miracles qu’il accomplit dans leur vie de manière mystérieuse. Durant les rituels d’initiation de Kanjo, on considère que la fleur que nous lançons sur le mandala tombe sur une divinité qui correspond à notre personnalité. En Inde, on dirait qu’elle est notre istha devata, notre divinité préférentielle, c’est ce lien qui est à développer pour qu’il s’exprime à chaque instant dans notre vie. Il y a des pratiquants qui expriment plus une forme de Bouddha que d’autres par exemple, plus la rigueur de Foudômyôô ou la douceur de Kannon. La lumière que nous recevons d’eux manifeste ainsi un style de vie ou d’intelligence à travers notre corps, notre parole, notre esprit. Plus nous maitrisons les parties sombres de notre personnalité et mieux le Bouddha peut s’exprimer à travers nous, son énergie peut descendre profondément et grandir progressivement en nous. Sa compassion peut s’exprimer en inspirant des actions ou des paroles dans le monde concret. Elle peut aussi agir dans l’invisible sur l’ensemble des pensées du monde Quand on est seul chez soi, dans une ambiance pure et stable, il est possible de s’ouvrir davantage. Le nuage de la prière peut alors s’étendre très loin et permet par exemple de diminuer la haine là où il y a des guerres. Elle peut aider ceux qui travaillent pour protéger le pays ou encore soulager la souffrance de tous ceux qui souffrent ou qui sont abandonnés. Quand on sort et qu’on retourne dans le monde, pour ne pas être trop sensible et vulnérable, il faut redevenir plus dense, plus concret et rester vigilant au cas où quelqu’un qui passe par là à besoin d’aide. Si nous considérons que chaque moment de notre vie peut nous offrir une possibilité de servir les autres, les occasions ne manqueront pas d’être utiles et nous arriverons toujours au bon moment pour le faire. Ne limitons pas la volonté du Bouddha à vouloir s’exprimer à travers nous. Dans ces périodes difficiles où la pauvreté s’installe partout et où les gens sont désemparés, un simple petit mot gentil fait beaucoup de bien à ceux qui se sentent seuls ou rejetés. Chaque jour peut être un moment de vivre des aventures positives si nous nous intéressons les uns aux autres, nous pouvons apprendre beaucoup sur la vie et nous épanouir en aidant les autres. Je connais une infirmière qui s’occupe des personnes âgées et des gens qui sont en fin de vie. Depuis qu’elle a commencé ce travail, son visage s’est complètement transformé, elle est profondément heureuse tellement elle reçoit de l’amour de toutes ces vieilles personnes qui lui disent, parfois, qu’elles prient pour elle.

 

Un seul et même cœur
Si nous comprenons que l’intelligence globale du Bouddha s’exprime à chaque instant à travers tous les êtres autour de nous, nous devons voir les autres hommes comme ses messagers et rester à l’écoute des avis qu’ils sont susceptibles, parfois inconsciemment, de nous donner. Le hasard n’existe pas, c’est la volonté du Bouddha qui s’exprime partout à travers des rencontres fortuites qui vont arriver exactement au bon moment pour le bonheur de tous. Le Bouddha s’occupe avec amour de tous les hommes et en particulier du destin de ceux qui le prient, on n’a donc pas à trop s’inquiéter quand les apparences immédiates paraissent négatives. Le maitre Matsumoto, l’ancien kantcho de Hôzanji écrivait « Faites d’un malheur un bonheur» et un proverbe chrétien dit : « Les chemins de Dieu sont impénétrables ». L’évolution du monde se fait sur des siècles, elle suit une logique mystérieuse que ne peut comprendre la simple logique ordinaire qui raisonne sur une vie. Les ennuis du moment sont peut-être utiles pour notre évolution, ils nous permettent de tester notre attachement au monde transitoire des apparences. Or ce qui compte, c’est l’évolution dans notre monde intérieur, aussi les grands maitres ne font pas de grands projets à long terme dans le monde concret, leur priorité est préserver leur sérénité pour rayonner leur amour. Ce n’est pas eux qui agissent mais le Bouddha qui agit à travers eux. Sans s’attacher aux résultats, ils adaptent leur comportement à chaque instant en fonction de leur intuition et remercient pour les grâces reçues. Ils dansent avec la vie, ils restent sans but, ni recherche de profit. Certaines personnes sont tellement imbues d’elles-mêmes qu’elles veulent toujours tout ramener à leur point de vue ou pour leur avantage, sans penser au bien commun. Je me suis occupé d’un homme important qui exerçait des responsabilités dans l’industrie, il était déprimé sans aucune raison concrète évidente. Il avait tout pour être heureux, la richesse, le pouvoir, la reconnaissance officielle des autorités et une femme gentille. Alors, pourquoi ? Il dirigeait ses usines avec une main de fer, en pensant ainsi être un grand patron efficace. Il disait très fier de lui : « Personne ne peut me supporter, tellement je suis dur et brutal ». Il avait écrasé en lui sa sensibilité et son cœur s’était fermé pour ne pas ressentir la souffrance et le ressentiment de ses collaborateurs. Du coup, dans la vie ordinaire, il ne pouvait même plus ressentir un peu de joie. Il jouissait juste de la sensation d’avoir bien fait son devoir et de se croire indispensable. Il pensait stimuler l’entreprise mais je crois qu’il devait aussi inhiber tout esprit d’initiative autour de lui. La souffrance que nous infligeons aux autres retentit aussitôt sur nous car les autres et nous, nous sommes un, nous avons ultimement le même cœur. A chaque fois que nous progressons dans la bonté, c’est toute l’humanité qui progresse avec nous. A chaque fois que nous blessons quelqu’un en pensée, par une p arole méchante ou une action brutale, notre cœur se ferme et c’est un peu de joie et de créativité qui disparait en nous et dans le monde et ensuite, cela suscite partout de la révolte qui couve. Matsumoto jitsudo, a écrit dans son livre, « Avec le Bouddha » : «Il faut bien comprendre cette profonde vérité que nous ne vivons pas seuls, mais grâce aux autres, sinon, nous risquons de nous comporter comme un animal orgueilleux. Il n’y a rien de plus dangereux que des hommes intelligents dont le cœur manque d’humilité, ils oublient que s’ils existent c’est grâce aux autres. » Nous nous croisons juste un moment sur le chemin de la vie, mais si maintenant, nous sommes éloignés les uns des autres, notre comportement laisse des impressions qui demeurent longtemps. Ces souvenirs peuvent se renforcer ou se dissiper même sans se rencontrer à nouveau, à cause des échanges de pensées d’indifférence, de rancune ou de reconnaissance. Les pensées, bonnes ou mauvaises, que nous émettons ou que nous recevons dressent soit un pont de bonheur, soit un mur d’obstacles sur notre route. C’est vrai, que nous ne pouvons pas toujours changer les choses extérieures mais nous sommes toujours libres de choisir la qualité de nos pensées. Nous devenons vraiment responsables de notre vie, le jour où nous décidons de ne pas nous laisser aller à la négativité, quelque soit ce qui se passe autour de nous. Si nous pensons vraiment que tout est l’expression du Bouddha, alors il faut cultiver un sentiment de reconnaissance aussi quand nous avons des ennuis dans la vie, mais c’est vrai que c’est plus facile à dire qu’à faire. Si nous prions constamment avec foi le Bouddha de s’exprimer dans notre vie, il trouvera des solutions et les aides viendront juste au bon moment. Ceci est aussi vrai pour notre évolution spirituelle, Masumoto kantcho poursuit dans son livre. « Ne commettons pas l’erreur de croire que notre foi est le fait de notre propre volonté. Elle est le résultat des bons liens, de notre karma qui nous ont amené au Bouddhisme. Dans le temps jadis, un fidèle laïc qui avait atteint la sagesse en pratiquant beaucoup, déclarait en pleurant d’émotion : «Moi, qui suis plein de mauvais penchants dus à mon karma, je ne pourrais avoir la foi, ni accomplir cet acte précieux de prononcer le nom du Bouddha, si par sa grande compassion, il ne m’en donnait pas la grâce »…   Les chrétiens disent à peu près la même chose : «Ne te confie pas à tes œuvres ! C’est la grâce de Dieu qui te donne la force de vivre. » Même nos progrès ne viennent pas seulement de nos propres efforts mais des grâces que les Bouddhas nous accordent. Une prière bouddhiste dit : « Par la force de purification de mon ascèse, du Bouddha et du dharma, que l’harmonie s’instaure dans le monde».
La soif d’exister, l’ennemi universel Le Bouddha enseigne que l’origine de la souffrance vient du désir d’exister, c’est-à-dire de jouir d’une impression de supériorité entre moi et les autres pour ne pas se sentir être noyé dans la masse. Chacun veut se distinguer, la pensée individualiste existe partout, c’est un niveau de développement du cerveau utile pour stimuler l’évolution de tous les animaux. Un paysan avait trois chevaux près du temple Kômyô-in, il avait construit un petit hangar pour les protéger, peut-être trop petit ? Effectivement, en cas de pluie, il voyait un cheval sous l’abri mais les deux autres restaient dehors. Alors il doubla sa surface, maintenant les chevaux avaient largement de la place pour chacun, mais le même cheval continua à rester seul au sec, car il était le dominant du groupe. Le rat est un animal très intelligent qui a une vie sociale développée, une expérience sur des rats a été effectuée en France dans un laboratoire qui étudie la psychologie animale, elle peut servir à expliquer certaines des réactions humaines en société. On met dix rats dans une cage d’où part un couloir qui conduit à l’endroit de distribution des croquettes de nourriture. Le premier jour, tous les rats y vont. Le deuxième jour, le couloir, qui est un peu plus bas que la cage, est inondé et les rats sont obligés de se mouiller pour aller se nourrir. Le troisième jour, une lutte se produit la nuit et trois groupes se forment, il y a trois dominants qui attendent au sec dans la cage, six soumis qui se mouillent dans le couloir quand ils font les courses pour les dominants et ils n’ont le droit de commencer à manger que lorsque les dominants se sont rassasiés, et enfin le troisième groupe est constitué d’un seul rat qui reste indépendant, il va chercher sa nourriture et refuse le chantage des dominants. Quelle que soit la sélection des rats, ce sont toujours les mêmes proportions dans les groupes avec trois dominants, six dominés et un indépendant. Si on forme de nouveaux groupes de dix, avec des rats venant uniquement soit de groupes de dominants soit de dominés, cette même proportion se retrouve après des luttes identiques. Si on augmente le nombre du groupe à cent individus par cage, la proportion 3, 6,1 se reforme mais il y a un nouveau groupe qui apparait, 1% forment des souffre-douleurs, c’est-à-dire des rats qui sont tués par les autres pour se défouler de leur rage, à cause des frustrations ou de leur stress. Maintenant, si on tue les rats et qu’on les autopsie, on se rend compte que les dominants ont beaucoup plus de stress au niveau de leur cerveau et de leurs muscles que les autres. Apparemment, ce n’est pas si facile à vivre que d’être toujours sur ses gardes, prêts à se battre avec les autres. La lutte pour la vie mérite-t-elle qu’on devienne hyper stressé en accumulant beaucoup de mauvais karma à vouloir toujours être le premier, ne vaut-il pas mieux chercher la paix intérieure malgré notre tendance naturelle à vouloir tout dominer ? Quand on voit la tête des hommes politiques du monde entier, on ne peut pas dire qu’elle exprime de la paix et de la sérénité. Nous avons besoin de nous défendre pour vivre, mais sachons donner des limites à notre colère pour ne pas devenir à notre tour un prédateur, ce serait au détriment de notre bonheur.
Eveil à la vie intérieure Il n’y a pas de solution simple, facile et immédiate aux nombreux problèmes que nous rencontrerons dans la vie mais des compréhensions et de la subtilité à développer en soi. Il n’est pas facile de parler de la pratique religieuse car elle peut se situer à de nombreux niveaux d’éveil interne, le texte « Jujushinron » de Kôbô Daïshi en compte dix. Au début, prier signifie créer autour de son corps une petite bulle de prière qui reste encore fragile, et nous laisse vulnérable aux mauvaises influences. Il faut persévérer plusieurs années pour se libérer de ses émotions négatives et devenir, par l’expérience des obstacles et des tentations vaincus, stable dans sa vie spirituelle. Donc, chaque jour, il faut avoir le courage de prendre du recul vis-à-vis de tout ce qui fait l’attrait du monde et qui peut nous déconcentrer dans notre ascèse intérieure. C’est ce choix de vie quotidienne qui fait la différence entre ceux qui deviennent des religieux, des artistes ou des savants et les gens ordinaires qui suivent la voie de la facilité sans se poser des questions. Le renoncement concentre notre énergie intérieure et nous donne la force de réussir dans la découverte de nous-même. Souvent, on a l’impression d’être seul devant son autel de prière à répéter des prières sans qu’il y ait de résultat immédiat. Puis, on commence à percevoir l’énergie mentale qui circule comme de la lumière dans le corps et, avec le temps, elle peut devenir plus subtile, prendre diverses couleurs selon les mantras que l’on répète. Dans l’enseignement du Shingon, on dit que notre cœur a deux orientations, le cœur masculin est orienté vers le haut du corps, il concentre l’attention sur soi et il représente l’intelligence théorique, tandis que le cœur féminin est dirigé vers le bas, il donne une perception intuitive, concrète de la vie, il est ouvert vers les autres. Progresser, c’est obtenir une bonne intuition du monde qui nous entoure et aussi de la réflexion, comme le fait le mantra de Kangi-ten qui unit la compassion et la sagesse dans le cœur. Quand le cœur se nettoie, les circuits d’énergie qui partent vers le bas du corps s’ouvrent, la vision interne devient plus fine et la bulle de l’esprit dans laquelle on fonctionne habituellement devient très vaste, on peut ressentir très loin ce qui se passe, c’est pourquoi aller en ville devient une corvée désagréable. Maintenant, on sait qu’internet permet de communiquer immédiatement d’un bout à l’autre du monde, c’est normal de croire cela. En matière de spiritualité, c’est la même chose car la pensée est de la lumière. Alors, la vie intérieure change et ce n’est plus le temps de la solitude, c’est plutôt le contraire car la distance n’existe plus et on fusionne avec l’esprit et le cœur avec des grands maitres du Bouddhisme et on rencontre des amis qui nous enseignent comment pratiquer dans les mondes supérieurs. Cette découverte rend alors très relatif les plaisirs que le monde grossier peut nous apporter, les plaisirs de l’esprit sont nettement supérieurs. C’est pourquoi les saints vivaient autrefois dans des conditions matérielles difficiles sans se plaindre car ils avaient de grandes compensations. La grand sainte chrétienne Thérèse d’Avila a écrit : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe. Dieu ne change pas, la patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien, Dieu seul suffit.» Dans le monde tout passe et est incertain. C’est vrai, chaque moment en devient d’autant plus précieux car il permet d’exprimer de la tendresse humaine et ainsi nous pouvons ouvrir davantage notre cœur. Qu’aimeriez-vous faire de votre temps, si vous n’aviez plus que trois jours à vivre ? En général, ceux qui savent qu’ils vont bientôt mourir écrivent ou disent des mots d’amour à leurs proches. A chaque âge de la vie correspond un niveau de sagesse et une manière de témoigner de l’amour aux autres. Nous passons progressivement d’un amour centré sur quelqu’un ou une famille, à un amour destiné à toute l’humanité et à la vie de la terre. Aimer signifie fusionner par le cœur, faire que son cœur devienne aussi le cœur de l’autre, ses qualités nous éveillent, comme nous éveillons les siennes avec les nôtres. Aucun être ne devient subitement parfait et ne peut se suffire à lui-même, ce sont donc les autres qui nous ont fait naître, qui nous ont éduqués et qui nous ont fait grandir en sagesse et en amour. Puis, c’est le contact direct avec Dieu ou le Bouddha par la méditation sur le vide qui nous fait renoncer au monde pour connaître plus de subtilité. Suivre cette voie permet de se libérer de la souffrance de l’attachement au monde des formes, le reste est peu utile. Evolution du monde Nous devons être conscients de ce qui se passe autour de nous en cette période de transition dans les équilibres économiques et politiques mondiaux. Un conflit mondial est toujours possible. Pour justifier les guerres, on noircit toujours les adversaires avec une propagande qui cherche à produire une réaction haineuse du peuple, ce qui justifie ensuite de très mal se comporter avec bonne conscience. Toutes les armées ont fait des horreurs au nom de : « L’Honneur National » ou pour « Le bien de la patrie ». Longtemps après, les dirigeants des pays agresseurs font semblant de regretter et s’excusent, mais la souffrance des civils innocents a bien existé, alors qu’ils ne souhaitaient que vivre en paix. N’oublions jamais que nous avons tous le même cœur et ne cédons pas à la propagande qui cherche à diviser et à semer la haine entre les peuples. Quels que soient les pays, nous ne sommes que de simples êtres humains fragiles et éphémères, protégeons-nous et aimons-nous, les uns, les autres. Dans l’antiquité Indienne, le texte sacré Rig Véda dit : « Tous les êtres sont frères. Personne n’est grand, personne n’est petit, tous sont égaux ». Dans le bouddhisme Shingon, on enseigne que : « Tout est un, tout est égal, tout est Daïnitchi nyoraï». Bien qu’il y ait de grandes différences de niveaux entre les hommes du point de vue de la sagesse, tous les hommes sont égaux devant la loi du karma, nos actes déterminent notre avenir et aussi car tous possèdent en potentialité la nature Pure de Bouddha. Il y a 2500 ans, le Bouddha Sakyamuni se demanda : « Est-il possible de diriger le pays sans tuer, sans nuire, sans gagnants ni perdants, sans s’attrister et sans rendre triste les autres ? Est-il possible de diriger le pays selon le dharma ? Alors, le démon Mara, ayant perçu ses pensées, apparut devant lui et lui conseilla de diriger le pays selon son idéal. D’ailleurs dit-il : « Vous pouvez réaliser tout ce que vous voulez et même transformer cette montagne de l’Himalaya en or ». Le Bouddha répondit que : « Même si on possède une montagne d’or et qu’on la multiplie deux fois, cela ne peut suffire à contenter les désirs d’une seule personne.» Comme les désirs des hommes sont sans limite, obtenir la richesse n’est pas la solution, ce qu’il faut c’est travailler sur soi pour développer le détachement et maitriser les désirs.

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