La voie de l’unité avec l’univers

La voie de l’unité avec l’univers

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La voie de l’unité avec l’univers
« Notre meilleur ennemi, l’ego »





Durant l’année avec le Covid, la population a été longuement confinée chez elle. Dans les villes, cela n’a pas été facile de vivre dans des petits appartements, des heurts, des disputes ont secoué les familles, et parfois en plus il y a eu de graves dépressions chez les jeunes.
Nous avons besoin de liberté pour respirer et aussi de la présence des autres pour nous sentir exister, vivre heureux et nous épanouir.
Pourtant des moines vivent ainsi, parfois cloîtrés toute leur vie et c’est dans cette solitude qu’ils se réalisent le mieux et connaissent de grandes joies.
Où est la différence d’approche de la vie, selon la maturité des uns et des autres?
Les premiers veulent satisfaire des besoins émotionnels dans l’agitation mentale des villes, et leur vie perd tout son sens quand ils en sont privés. Les autres recherchent dans la solitude, la paix, afin d’éveiller une grande sensibilité intérieure au contact du Bouddha.
Le Bouddha a enseigné la vérité sur la souffrance due à l’impermanence omniprésente. Cependant, la force de vie de l’univers s’exprime dans chacune de nos vies et nous ne pouvons pas vivre sans désirs, sans plaisirs dans la vie quotidienne. Il y a deux types de désirs, les désirs mondain qui nous font rechercher le bonheur à l’extérieur de nous même et les désirs extra-mondain qui aspirent à connaître la nature de notre être intérieur. Les premiers créent des liens, l’attachement aux choses et aux êtres d’où la souffrance, les deuxièmes libèrent des illusions de l’ego sur le monde et rendent l’esprit pur, serein, apaisé.
La vie a besoin des passions animales pour se perpétuer, mais la souffrance ressentie indique clairement que pour trouver la paix, nous devrions aller au delà de cette conception basique animale du monde. La difficulté initiale vient du fait qu’il faut renoncer au moins en partie aux plaisirs extérieurs pour avoir du temps, le calme et la concentration mentale pour se développer intérieurement par la prière et la méditation. Prier régulièrement, c’est un choix important dans l’orientation de sa vie, qui entraîne les même contraintes de renoncement que lorsque qu’on décide de faire des études. Tout le monde n’a pas les moyens financiers, le courage et la volonté de prendre en main la direction de sa vie et de persévérer dans sa voie. Avec le temps, la vie spirituelle apporte le vrai bonheur car elle épanouit notre cœur, les chrétiens disent qu’elle nous fait renaître à la vie éternelle, et les hindouistes disent que l’on devient un «deux fois né». Cela signifie que la méditation développe la vision intérieure ce qui permet de percevoir et de vivre consciemment à une autre échelle, dans d’autres mondes spirituels simultanément à celui de notre vie quotidienne. Cette dimension spirituelle change complètement la manière de comprendre la vie et c’est d’une grande aide pour mieux vivre ici bas ce qui rend très heureux. L’éveil du cœur de compassion permet découvrir le lien qui nous unit tous, les uns aux autres et de trouver l’unité derrière la diversité des ego. Cela donne confiance en soi et permet de vivre en paix avec les autres. Ce texte explique qu’il est possible d’évoluer d’une compréhension mentale égocentrée donc très limitée de la vie, à la perception directe par le cœur de la vie globale de l’univers, c’est le chemin vers l’éveil spirituel. Pour vouloir commencer à pratiquer et progresser, il faut avoir la foi, elle vient en réfléchissant sur le monde qui nous entoure.




La présence de Dieu ou du Bouddha

Dans l’histoire des religions, la notion de Dieu change selon le niveau d’évolution des hommes et leur manière de percevoir et de comprendre le monde.
Les scientifiques actuels disent que l’origine du monde vient du fameux big bang, qui a eu lieu il y a 13,8 milliards et demi d’années. En quelques secondes, un trou noir rempli de lumière condensée explose et fabrique tout les atomes qui constituent l’univers encore actuellement, et quelque part dans l’espace, près d’un soleil, se forme une boule incandescente qui deviendra la terre. Il y a 630 millions d’années, la vie apparaît, elle se diversifie en de nombreuses espèces, en développant leur intelligence et leur sensibilité. Nous pensons tout comprendre par la science et nous croyons que le hasard explique toute cette création, sans voir le grand architecte qui l’a conçu dans son ensemble. La variété de la vie biologique s’est développée en parfaite harmonie dans le monde entier sous l’influence d’une immense intelligence lumineuse et bienveillante. Et pourtant, il y a eu la succession de plusieurs extinctions complètes de cette vie suite à des chutes de météorites et des éruptions volcaniques. Puis, l’ homme apparaît enfin, et il veut comprendre comment fonctionne le monde pour le contrôler à son profit. Il invente des dieux, du vent, du soleil, de l’eau pour expliquer les causes des phénomènes naturels et il leurs fait des offrandes de nourriture, des sacrifices d’animaux et parfois même d’êtres humains quand il veut la victoire à la guerre. Dans le système Indien, il y a trois dieux principaux, le créateur Brahma, celui qui protège la vie Vishnou, et celui qui la détruit Shiva. La tradition biblique, imagine un Dieu unique qui crée le monde en sept jours et elle considère que l’homme est situé au sommet de la création comme son aboutissement.Toutes les espèces animales sont là, juste pour le servir et être consommées pour sa satisfaction personnelle. Le Dieu de la bible est un Dieu qui punit les méchants et récompense les justes, c’est à dire les croyants. Le monde est vue de manière concrète, il n’y a pas de considérations psychologiques sur la nature de l’esprit humain mais il y a bien chez les chrétiens la notion de saint esprit qui doit correspondre à la notion de vacuité chez les bouddhistes qui pratiquent la méditation à un bon niveau. Le bouddhisme à la grande différence des autres religions est fondé sur le principe d’égalité. Toutes les espèces vivantes sur terre ont fondamentalement le même esprit du Bouddha. Si nous personnalisons cette intelligence lumineuse créatrice par le mot Dieu ou Dainitchi-nyorai, on peut dire qu’il exprime son intelligence aimante par sa présence dans le cœur de tout les êtres et aussi dans la matière puisqu’il a créé les atomes à partir de la lumière, et la vie à partir des atomes. C’est un système qui englobe tout les hommes dans le même amour, il n’y a pas de peuple privilégié. Dans le bouddhisme Shingon, on comprends le monde comme le corps du Bouddha, les sons du monde comme sa parole, les pensées des êtres comme faisant partie de son intelligence globale.Tous les hommes expriment à leur insu cette sagesse innée car ils ont tous le même cœur aimant de Bouddha, mais ils n’en sont que rarement conscients et au lieu de s’entre aider comme des frères, ils sont en rivalité. Les arguments intellectuels ne peuvent pas convaincre de l’existence d’un Dieu aimant, quelqu’un dont le cœur est fermé par l’accumulation de mauvais actes. Il faut ressentir en soi cette force pour y croire. Au début de leur évolution, les hommes pensent qu’ils sont seuls face à un monde cruel et incohérent d’où une angoisse existentielle qui les pousse à faire n’importe quoi, sans crainte, puisque rien n’a de sens, ni de valeur. Pourtant à un moment, suite à une grande souffrance, et à la rencontre de quelqu’un d’exceptionnel, la foi peut apparaître en eux et elle pousse à la prière celui qui se sent perdu dans ce monde apparemment absurde. Dans le roman de Dostoiévsky «Les frères Karamazof», un moine se prosterne devant un grand pécheur et cela choque son entourage :«Comment un saint homme peut-il être aveugle à ce point et ne pas savoir qu’il s’est prosterné devant un voyou ?». Mais en fait, il explique qu’il s’est prosterné devant la souffrance rédemptrice qui va bientôt frapper cet homme, et lui permettre de se repentir et de remettre en cause les illusions sur lesquelles il a fondé sa vie.
Le premier pas pour percevoir la présence du Bouddha ou de Dieu en soi est donc le repentir. Puis, il faut prier beaucoup pour purifier son cœur de ses passions et qu’il retrouve sa sensibilité. Selon la neurophysiologie, il y a dans le cœur des cellules appelées cellules miroir qui permettent de ressentir l’énergie de la vie dans les êtres vivants et les plantes. Le cœur n’utilise pas des mots et des raisonnements pour connaître la vérité, il se projette comme une boule de lumière et il fusionne directement avec ce qu’il veut connaître, quelque soit la taille de l’autre ou la distance à laquelle il se trouve. Cette sensibilité cognitive est courante en méditation car c’est au niveau du cœur que le subconscient profond nous unit tous les uns aux autres. Si on aime quelqu’un, on ressent immédiatement ses sentiments et on ne peut pas se mentir. Un texte chrétien du nouveau testament dit : «Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu. » Dans le bouddhisme Shingon, Kobo-daishi parle des dix étapes de perception de la vie selon la purification du cœur. Les deux mandalas du Shingon symbolisent les deux types de perceptions de la réalité, l’une intellectuelle localisée dans le cerveau et l’autre intuitive dans le cœur. Le Kongokai symbolise l’approche intellectuelle discursive « Tchi »avec une lune pure et blanche, tandis que le Taizokai représente l’approche intuitive « Rhi» avec un gros lotus rouge au centre. Chaque jour, on prend refuge dans le Bouddha, le dharma et la sangha et on souhaite que nos actes, nos paroles, nos pensées soient, grâce à eux, harmonieux. Ainsi notre cœur devient plus aimant et notre mental paisible comme une lune pure. C’est dans cet état que nous pouvons être le mieux guidé dans notre vie de tout les jours.
Dès lors que cette connexion est établie et stable, le monde prend du sens. Ceux qui prient régulièrement se rendent compte qu’une force aimante agit pour leur bien de manière mystérieuse, et elle crée parfois des synchronicités inouïes dans la vie de tout les jours pour régler des problèmes concrets. Un jour à Koyasan, nous avons rencontré un vieil homme qui bêchait son jardin, il vivait dans un modeste abris de jardin situé à coté. Nous avons parlé un peu de jardinage et sympathisé. Finalement, on a parlé de notre temple en France et il nous a proposé de peindre les tableaux des huit grand patriarches du Shingon. En fait, c’était le peintre célèbre, Kikutchi sensei, spécialiste de la peinture bouddhiste venu restaurer les peintures des temples à Koyasan. Presque tout le temple de Komyo-in s’est construit comme cela, avec des aides inattendue et la gentillesse des fidèles. Le Bouddha favorise ainsi des rencontres bénéfiques dans le monde entier qui est comme un organisme vivant. Il n’est pas là pour punir ou récompenser les hommes seulement selon leur mérite, c’est la force de vie qui développe l’esprit de tous les hommes depuis toujours. Là, où les hommes ordinaires ne voient que le hasard, qui apporte la joie ou la douleur, ceux qui ont la foi comprennent que la grâce du Bouddha apporte en définitif la sagesse du détachement du monde des apparences. Aussi quoiqu’il arrive, ils gardent la foi et ils le remercient même dans les moments difficiles. J’ai vu une vidéo où une jeune femme japonaise shintoïste remerciait sa «mère l’océan», et pourtant elle avait perdu sa famille dans le tsunami qui avait frappé Fukushima. La souffrance ébranle l’ego, mais elle réveille l’âme.



Comment se forme l’ego

L’ego est un mélange de pensées résiduelles inconscientes, d’émotions non structurées et d’habitudes comportementales, auxquelles nous nous identifions pour nous valoriser. Si quelqu’un dans un groupe dit avec autorité : «Je suis monsieur X , chef du projet Y et je crois que nous devons nous attendre à ……». C’est comme un vêtement qui l’ identifie à un chef, cela le rassure parce qu’il lui donne une place dominante. L’ennui, c’est que cette sorte de carapace l’ étouffe et empêche son âme de respirer et d’être joyeuse au contact de la vie. C’est vrai, qu’il faut savoir se tenir en société, c’est le travail très utile de l’ego! Nous avons besoin d’être crédible et de nous affirmer dans un monde difficile. Notre personnalité doit être sans failles, sans faiblesses émotionnelles pour résister aux atteintes à notre intégrité. Mais quelle limitation, si nous ne pensons qu’à cela, car la vie est aussi belle et généreuse!
De quoi est-il constitué? Nous vivons assis sur un nuage des certitudes fondées par nos pensées accumulées depuis la naissance. Il y a les injonctions reçues lors de notre éducation qui a pu être plus ou moins sévère, et aussi nos réflexions intérieures après nos expériences dans la vie, les positives et les autres qui ne l’ont pas été. Nous tenons beaucoup à nos croyances sur le monde et à nos comportements parce que ce sont des repères pour orienter notre vie et ils définissent notre personnalité vis à vis des autres. Ce paquet de pensées et d’émotions résiduelles oubliées depuis longtemps, dans notre subconscient, nous donne une vision globale du monde, un paradigme, qui est une sorte de carte avec des indications simples pour nous orienter rapidement dans la vie. L’ego veut nous éviter de renouveler des expériences qui ont été négatives ou douloureuses. La psychologie en reconnaît cinq types qui sont: le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison, l’injustice. L’ego encourage donc à suivre des comportements stéréotypés pour ne plus renouveler de tels traumatismes mais tant que la souffrance enfouie n’est pas évacuée, le comportement social normal n’est pas possible. La peur, la honte, la colère modifient notre comportement et nous gardons une immaturité personnelle qui nous empêche de comprendre les autres et de repérer rapidement ceux qui sont toxiques pour nous en protéger à temps. Souvent, ceux qui ont souffert dans l’enfance renouvellent le comportement brutal de leurs parents toute leur vie parce qu’ils ne savent pas aimer. Aimer voudrait dire ouvrir son cœur, parler avec douceur, mais ils n’ont jamais vu cela enfant, et il y a tellement de souffrance résiduelle en eux que c’est trop douloureux d’en parler. Il renouvelle donc la même expérience avec d’autres personnes ayant le même profil. C’est en confiant sa vie au Bouddha, que l’on peut devenir adulte. La prière dissout progressivement tout ce qui est caché et oublié au fond de notre être, la souffrance et les émotions négatives comme la haine, la tristesse, la confusion. La possibilité de pardonner vient du fait que l’on comprend la souffrance de celui qui nous a fait souffrir, cachée derrière sa méchanceté. Alors, libéré de ce fardeau, la confiance en soi grandit et on s’apprécie davantage parce que nous devenons moins dépendant du regard des autres. On peut à nouveau les aimer simplement pour eux même, sans rien en attendre de spécial pour se rassurer. Nous sentons que nous ne sommes plus seul mais unit à quelque chose de plus grand que nous et qui nous aime. Ce serait utile d’étudier un peu la psychologie à l’école, et les différents types de caractères humains, ainsi chacun pourrait développer plus de sagesse dans ses contacts avec les autres. Les enfants sont joyeux insouciants, spontanés avant d’avoir été conditionnés par l’éducation. La carapace de l’ego est aussi formée par toutes les émotions accumulées depuis longtemps et elles peuvent se modifier subitement sans raison. Elles colorent ou durcissent notre aura et les autres ressentent aussitôt d’instinct notre humeur quand nous sommes au contact avec eux. Et puis, il y a à l’origine des hauts et des bas de notre vie, le nuage des soucis quotidiens et des pensées récentes qui tourbillonnent autour de nous, elles sont incessantes. Elles circulent comme des ondes radios dans le monde, partent loin de nous, comme les mails d’un ordinateur et les pensées des autres y répondent et retentissent sur nos différents corps en stimulant d’autres émotions en retour dans un jeu sans fin. Restez loin du monde signifie surtout maîtriser ses pensées. Parfois, il faut mieux ne pas répondre à des pensées en entrant dans un dialogue interne pour se défouler comme si la personne était présente car les pensées émises en ruminant de la colère partiront vers notre soit disant ennemi, envenimer encore plus le problème. Pour avoir la paix et ne pas répondre à une agression, il est préférable et utile de respirer lentement et profondément en appelant la grâce des Bouddhas sur soi pour évacuer la colère qui monte et nous aider à pardonner. Il est préférable aussi d’éviter de laisser polluer notre conscience par des pensées venues par les médias qui cherchent à nous manipuler en désignant des ennemis ou des responsables à nos ennuis. En résumé, la paix vient quand on fuit l’agitation inutile du monde, et les disputes avec des voisins ou à cause de la politique car tout cela finalement ne nous concernent vraiment pas, c’est une illusion. L’ambiance des villes est dense, tellement les pensées d’avidité et de colère sont nombreuses et violentes. Il est beaucoup plus facile de se connaître soi même en restant vivre seul, en paix à la campagne.



Comment agit l’ego

Ce n’est pas facile de se débarrasser de notre ego et de ses désirs. Notre force vitale s’exprime constamment sous diverses formes et réclame sans cesse la satisfaction de désirs. «Vouloir toujours plus » est une ruse de l’ego qui a peur de mourir, s’il ne s’agite pas. Croire que nous nous réaliserons à travers la satisfaction de nos désirs est une erreur. Nous sommes souvent conditionnés par les publicités de médias. Il n’est pas besoin de tout expérimenter pour se rendre compte de l’inanité de la plupart des désirs. Si nous vivons dans le monde de l’apparence soumis aux regards des autres, nous sommes vaniteux ou restés infantile et nous voulons des jouets. Plus la vie intérieure s’approfondit, plus la vie extérieure devient simple, dépouillée. Nous souffrons quand nous sommes en état de frustration et en insécurité, alors nous devenons agressifs, et pour parvenir à nos fins, nous essayons diverses stratégies. En Inde, la lutte contre le désir qui se transforme sans cesse est représentée par la déesse guerrière, Durga montée sur un tigre qui coupe la tête au roi des démons Mahisa-asura qui a attaqué la déesse sous la forme d’un buffle. Puis il devient un lion aussitôt tué, puis le désir insiste en devenant un humain avec une épée, enfin il veut résister au changement comme un éléphant qui attrape le cou de la déesse avec sa trompe. Alors la déesse tire la langue et le démon redevient à moitié un buffle et à moitié un éléphant. C’est à ce moment qu’il est tué définitivement. Un ami professeur indien me dit que selon les stéréotypes de ce pays le buffle est brutal, et incontrôlable, le lion est fier et bruyant, l’humain avec une épée, surprotecteur et manipulateur, l’éléphant en mode attaque est extrêmement attaché, résistant aux changements et toujours trop sur de lui. Ces animaux représentent les défauts habituels de l’humain. La brutalité, l’orgueil, la manipulation et le mensonge, et l’obstination entêtée représentent bien le fond de notre nature animale. Cependant c’est toujours une erreur de se comporter de manière égoïste, même si nous réussissons à obtenir ce que nous voulions. Cela peut fonctionner un moment, à court terme, mais avec le temps les autres se lassent et nous rejettent. Pour éviter de se comporter de manière tyrannique avec son entourage, il est préférable d’apprendre à vivre de manière indépendante, seul, sobrement, harmonieusement. Et si on veut être aimé longtemps, il faut d’abord rayonner soi même de la gentillesse et de l’amour. Trouver le bonheur en soi, en méditant au contact avec Dieu ou le Bouddha ne peut jamais nous décevoir et cela nous fait toujours grandir en sagesse. Le vrai bonheur ne s’achète pas avec de l’argent, comme des biens matériels. La joie intérieure vient du sentiment d’émerveillement devant le phénomène de la vie, on se réjouit d’être là et de pouvoir regarder une fleur, un paysage, le visage de quelqu’un. Tout dépend de notre qualité de présence intérieure devant la vie. Notre bonheur dépend de nous, c’est nous même qui pouvons décider d’orienter notre attention sur la beauté du monde et le sentiment de reconnaissance et ainsi faire grandir la joie intérieure qui fait venir le bonheur. Selon le philosophe chinois Confucius , « Vivre est un art », tout dépend de notre manière de penser les situations, il s’agit d’« Être ferme comme la montagne et souple comme l’eau». Selon moi, cela veut dire être ferme sur des principes moraux et souple dans notre manière de prendre les aléas de la vie, c’est à dire avec douceur et reconnaissance. Un jour au Japon, une dame âgée de 95 ans, à qui j’avais demandé ce qu’elle espérait de la vie me fit le dessin d’une jolie carpe qui regardait tranquillement vers la surface de l’eau. Elle prenait la vie sans s’inquiéter. Si on veut vivre vieux, en bonne santé et heureux dans la vie, il ne faut pas faire de grands projets. Penser à les réaliser crée des tensions intérieures inutiles, il faut vivre bien chaque jour, en acceptant les frustrations et les changements. On protège ainsi son énergie vitale, le Tchi.



Le travail sur l’ego dans la vie

Le travail des moines consiste à lutter contre les pensées, les tentations qui veulent les faire descendre dans la pensée duelle du matérialisme. Dans le bouddhisme Chan, on appelle dresser le buffle le fait d’observer ses réactions émotionnelles sans s’émouvoir. Parfois dans cette lignée, les maîtres brusquent par une parole le disciple pour faire ressortir ses incohérences et tester son détachement de l’apparence des choses. Le maître passe et dit: «Où vas tu ?» ou encore,«D’où viens tu ?». Trouver immédiatement la bonne réponse signifie que l’on a réellement progressé dans la voie, qu’on vit réellement dans cet état de non dualité. Dans ce cas, une bonne réponse serait de «nulle part» ou «d’ici» car dans la perception de l’unité de l’esprit, il n’y a pas de distance, ni d’orientation dans une direction. Le fait de renoncer chaque jour à satisfaire des petits plaisirs de la vie permet de s’entraîner à se maîtriser, à ne pas faire céder les limites qu’on se donne pour ne pas chuter dans la vie sensuelle. L’alcoolisme, fumer, le jeu, la paresse, les femmes, la frime, combien d’hommes deviennent ainsi débiles ? Une religieuse chrétienne racontait dans un livre que malgré des années de vie sévère, en vivant pauvrement au service parmi les plus pauvres, elle était tombée soudain pleine d’envie et d’admiration, cinq minutes durant, devant un manteau de fourrure de vison. D’autres, ce sont les voitures de luxe qui attirent les hommes restés infantiles. Maintenant, il ne faut pas exagérer car si le renoncement apporte bien de la stabilité et un surcroît de force intérieure, il apporte aussi de l’amertume et de telles frustrations que parfois on se demande ce qu’on fait ici sur terre quand on se prive de trop de plaisir. La pratique spirituelle crée une dissociation entre le moi animal sensuel et la conscience plus spirituelle de la vie. Plus nous approchons d’une étape d’éveil importante, plus nous éveillons en même temps en nous des reliquats de karma négatif et les passions qui vont avec. Le Bouddha a été tenté par Mara avant d’atteindre l’illumination. De même, avant un succès, il y a souvent une tentation à éviter ou une épreuve à franchir pour tester notre maturité intérieure. Aussi, il faut constamment appeler à l’aide car il y a toujours le risque de chute si on se croit trop sur de soi par orgueil. C’est en se surveillant toute sa vie qu’on peut éviter tous les pièges, aussi attirants soient ils.



La diversité des ego et l’unité

La surface d’un étang est agité par le vent des passions, de nombreuses petites vagues reflètent l’image de la lune ce qui donne l’impression d’une multiplicité de petits ego en compétition les uns avec les autres. Quand chacun cherche a devenir le meilleur, c’est stimulant au niveau individuel, la compétitivité stimule les efforts du groupe mais il peut arriver aussi qu’une personnalité dominatrice étouffe la joie de travailler ensemble. Celui qui ne pense qu’à lui, ne s’intéresse pas à ce qui se passe dans le cœur des autres. Son égoïsme et sa jalousie créent de la dysharmonie. Pourtant la durée de vie individualisée est très brève, à la mort la vague de son mental surestimé va retomber et son eau se mélanger à nouveau avec celle des autres vagues de l’étang dans un inconscient collectif. Existons nous réellement de manière individualisée ou appartenons nous à une âme groupe et notre ego n’est-il que juste qu’une illusion d’indépendance à un moment ? Notre moi, est il comme un verre qui se vide et se remplit en même temps de l’eau de nos nombreuses impressions sensorielles et mentales,«les skanda» récoltées ici bas ? D’après le bouddhisme, il n’y a pas de moi, d’âme permanente, en sanskrit « pudgala » et tout les paradis où nous irons plus tard ne sont justes que des rêves que nous ferons juste pour nous apaiser en attendant de nous réincarner. L’esprit nettoyé de notre ego passé, nous serons à nouveau ouvert à d’autres manière de penser, nous irons à nouveau tenter l’aventure de la vie. Alors pourquoi être si rigide pour se valoriser dans notre vie quotidienne, si cela nous étouffe ? Un esprit détendu et ouvert aux autres et le vent des passions de l’ego se calme, la hauteur des vagues diminue, une seule lune paisible rayonne en paix sur toute la surface de l’eau. Un groupe apaisé cherche le bien commun, et chacun peut s’y exprimer librement et donner son avis. Tout le monde s’enrichit de cette diversité de point de vue et de nouveaux talents peuvent apparaître qui auraient pu être ignorés. Le but de la vie est de nous faire rencontrer d’autres vagues et de nous enrichir de toutes ces rencontres faites par hasard et des échanges ont lieu à différents niveaux. L’ego est utile pour s’affirmer mais il faut aussi vivre au contact de l’unité du groupe et respecter les autres comme un autre soi même. C’est un grand art que de savoir rendre les autres heureux autour de soi, en disant des mots aimables pour rassurer, détendre, consoler, donner confiance en soi. C’est une activité de bodhisattva. Le sage Confucius enseignait la politesse et le respect des autres pour devenir un être sociable et maintenir l’harmonie dans le monde au niveau du cœur. Il disait:« On ne naît pas homme, on le devient ». La vie dans le monde est un bon test de notre maturité et de notre maîtrise de nous même. La vie en groupe est formatrice mais elle pollue aussi l’esprit. Les religieux qui s’occupent des autres parlent souvent de la nécessité de se ressourcer régulièrement en allant prier dans la solitude. Sans faire le ménage chez soi de temps en temps, la vie intérieure sereine est impossible. Avoir de l’humour permet de se moquer de soi même, et d’éviter, de se prendre trop au sérieux, d’être prisonnier d’une image de soi ou d’un rôle que l’on joue en société par orgueil ou pour se protéger. Depuis l’enfance, nous sommes le fruit d’une multitude de petites attentions délicates qui nous ont épanouis. Penser avec reconnaissance à nos parents et à tous ceux qui nous ont aidé dans la vie développe l’humilité, la douceur, et la joie parce que l’on comprends que rien ne peut exister seul. C’est l’amour, le respect, l’ouverture aux autres qui permet le progrès commun. La vie ne s’est pas développé par la lutte mais par la collaboration des espèces entre elles. Par exemple, nous ne pouvons digérer la nourriture que parce que nous avons un kilogramme et demi de bactéries et de champignons dans les intestins qui permettent de dissoudre la nourriture avalée. Et un arbre ne peut vivre sans toutes les petites bactéries du sol qui vivent autour de ses racines. Les plus petits sont indispensables à la survie des plus gros. L’écosystème de la terre permet la vie des vertébrés que parce qu’il y a dans les océans des diatomées qui absorbent le gaz carbonique et produisent de l’oxygène. Nous ne sommes pas assez conscients combien notre vie est dépendante de tout les autres dans le monde visible et invisible. Quand nous comprenons cette loi de la coopération universelle pour maintenir la vie sur terre, nous devenons plus humble et déterminés à aider les plus faibles. Nous sommes faibles, vulnérables et nous devons prendre grand soin de notre environnement si nous voulons survivre au changement climatique entre autre. Cette compréhension réaliste, positive, et globale de la vie change notre manière de penser et elle nous pousse à créer de l’harmonie autour de nous dans la nature, et aussi dans le petit monde de notre vie personnelle. J’ai remarqué qu’à chaque fois que j’ai été gentil avec petits animaux ou des insectes qui souffraient, cela me porte bonheur un peu plus tard, j’ai de la chance. La vie est une, effacer la souffrance d’un petit être revient à effacer la notre aussi. On peut voir aussi la vie comme une collaboration pour nous faire développer des qualités intérieures. Parfois, les ennemis sont en fait des amis qui nous ont appris comment résister, à argumenter, à se cacher… Il faut remercier et respecter tout le monde. Parfois un mendiant ou quelqu’un de très simple peut dire à partir de son expérience de la vie quelque chose de sage que l’on ne soupçonnait pas. Toute existence a donc de la valeur, ne méprisons personne. Quand je vivais au Japon, pour vivre j’ai longtemps pratiqué avec ma femme le «Takuhatsu», nous avons vécus comme moines mendiants dans les rues à Tokyo, Kyoto, Nara, et dans d’autres villes du Japon à Shikoku. Cette pratique rend humble, compatissant car on prie de tout son cœur pour tout ceux qui passent devant soi et qui mettent des pièces dans le bol. Cela fait du bien de prier pour les autres et cela m’a beaucoup appris sur le cœur des japonais et leur coutumes. Dans le bouddhisme on considère qu’il y a trois niveaux de pratiquants. D’abord ceux qui prient pour eux même, puis ceux qui prient pour eux et pour les autres, enfin ceux qui prient uniquement pour les autres. Ceux là sont les supérieurs car ils ne s’intéressent pas à leur ego, ni à atteindre une quelconque illumination pour eux même. Ils prient juste pour s’harmoniser avec la vie sans vouloir favoriser telle ou telle individualité transitoire. Finalement, la vie et ses tourments est là pour nous apprendre à reconnaître la présence de Dieu ou du Bouddha dans les autres, agréables ou désagréables, riches ou pauvres, animaux ou végétaux, et même dans les objets et à manifester pour eux le cœur de reconnaissance et de compassion. On ne peut pas être heureux si on ne pense qu’à faire son propre bonheur… La prière purifie les émotions et l’égoisme et cela crée l’ouverture du cœur, puis elle produit l’éveil du cœur de compassion appelé : «HotsuBodaishin» et finalement elle ouvre notre esprit à l’intelligence de l’unité de la vie. Alors la confiance en soi grandit et elle permet de s’oublier soi même, et de manifester un amour désintéressé. Notre ouverture aux besoins des autres, le respect que nous leur prodiguons, les apaisent, et l’amitié, l’amour peuvent grandir davantage. Finalement, les hommes et les femmes sont beaux et attirants quand ils expriment ce qu’il y a au fond de leur cœur, de belles qualités altruistes et généreuses, et pas quand ils ne pensent qu’à eux même, car alors ils deviennent grincheux, étroits d’esprit et cela se voit sur leur visage. Cette approche altruiste peut s’étendre à tout les êtres vivants sur la terre en voulant apporter le bonheur à tous. Alors nous passons dans une autre catégorie de développement de l’être humain, nous commençons à rayonner dans le monde, comme le fait un bosatsu en utilisant la lumière de son cœur. Nous pouvons la transmettre comme lorsque nous dédions à la fin d’un rituel les bienfaits de la répétition des mantras pour le bonheur de tout les êtres. C’est ainsi que l’on agit directement sur le subconscient collectif du monde. Dans des îles, des scientifiques ont observé des troupeaux d’éléphants qui mangeaient un végétal mais ils se trouvaient indisposés par les impuretés déposées dessus. Un jour, un éléphant compris qu’il fallait les laver dans l’eau avant de les manger. Tout les autres autour de lui l’imitèrent et en furent heureux. Mais la même découverte se fit presque en même temps dans une autre île située pas très loin que les savants surveillaient aussi. Les éléphants communiquaient par leur subconscient et se transmettaient leurs connaissances à distance. Là, où nous voyons des corps physiques séparés les uns des autres par de grandes distances, au niveau de l’esprit il n’y a qu’un flux de lumière qui danse la nuit au dessus des corps et qui échange des informations et des qualités spirituelles en rêve ou par télépathie. Nous sommes tous un, au niveau de l’esprit et nous pouvons tous nous entraider en méditant pour calmer les passions du monde. Par exemple, quand nous regardons une jolie fleur, nous pouvons l’offrir par la pensée aux Bouddhas, pour adoucir le cœur des hommes solitaires. Il faut toujours garder son esprit de débutant car il y a beaucoup, beaucoup, d’illusions à dissiper. Notre compréhension du monde ou de la pratique dépend du degré d’ouverture du cœur et du sommet de la tête, l’oushounisha. Le cœur de Bodhi exprime sa compassion dans le monde de la forme pour le bien des êtres. Puis la méditation sur le vide dissipe les derniers voiles d’ignorance et d’attachement à la dualité et le religieux pratique avec le cœur de Bodhi non caractérisé dans la vacuité. Le but final de la pratique, c’est le non moi. Ce passage du Mahavairocana sutra décrit la bodhi, le cœur de compassion, l’essence du Bouddhisme: «Pourquoi les hommes souffrent-ils? Parce qu’ils s’attachent à des choses transitoires, ils cherchent le bonheur à l’extérieur d’eux même, au lieu de le trouver à l’intérieur de leur propre cœur. On appelle le cœur de grande compassion, la Bodhi. «Elle donne la connaissance omnisciente qui délivre de toutes les illusions de ce monde. Elle n’est ni un objet de connaissance, ni de compréhension, parce que sa nature est celle de l’espace qui est sans caractéristique. Il est, en raison de sa pureté définitive, non caractérisé, immobile, et indifférencié, immuable et indestructible, ainsi à cause de cela il ressemble un peu à la Bodhi non caractérisée. Elle ne peut donc être un objet de connaissance, ni de compréhension. Ce cœur qui est dans tout être, et l’omniscience des Bouddhas se confondent.» On dit : «Dans une pensée, trois mille monde». Cela signifie que la véritable connaissance n’est pas due à un développement intellectuel qui oppose une notion à une autre mais à l’amour compatissant qui dissout toute image, tout mot dans la vision d’un immense océan de lumière joyeuse, sans caractéristique, ni pensée conceptuelle. Ce n’est pas possible d’en faire un objet d’étude, car les idées créent des formes et ce n’est donc plus la vacuité. La lumière est l’essence de tout ce qui existe, dans la vacuité même la forme des objets disparaît. Même la conscience de nous même se dissout et fusionne dans la vacuité. Il n’y a donc rien à réaliser, ni personne qui réalise cet état. La connaissance de notre propre esprit apaise nos peurs de l’abandon, de la solitude, de la mort et apporte la libération du premier de tous les désirs, le sentiment d’avoir de la valeur et d’exister. Ceci met fin à l’illusion fondamentale et au cycle du karma et des renaissances. Le Bouddha a prêché, la voie du dépassionnement parce que les désirs, les attachements sont des supports pour maintenir l’illusion de notre existence séparé. Pour nous libérer du samsara, il faut complètement lâcher prise et oublier le monde des formes et des êtres. L’empereur de Chine demanda à Bodhidharma s’il avait accumulé beaucoup de mérites en construisant des stupas et il lui réponds: «Aucun mérite» car dans l’absolu tout est une illusion, le moi de l’empereur, les stupas, les actes bénéfiques. Si nous comprenons bien cette notion de souffrance inhérente à toute forme d’attachement aux choses, aux biens, aux êtres, et au soi, nous voudrons vivre dans la simplicité au lieu de chercher à avoir une vie mondaine riche et variée. Dans son livre « A la recherche du temps perdu », Marcel Proust se souvient avec nostalgie de l’époque passée, avec ses bals et les jolies femmes, et les enfants si fragiles et adorés, le faste de la haute bourgeoisie. Tout paraissait précieux et indispensable pour être heureux, mais la vie est passée et tout s’est fané. Sachons faire la différence entre ce qui est magnifique mais éphémère et ce qui est fondamental. Le plus important, c’est la connaissance de l’esprit et reconnaître la vanité de tous les rêves de grandeur, ainsi nous éviterons beaucoup d’obstacles dans notre évolution spirituelle. Nous oublierons notre identité mondaine dans l’absorption de la méditation. C’est ainsi seulement que nous pouvons connaître la nature vide de notre esprit.



La pratique de la méditation

Quand nous méditons toute l’énergie qui circule habituellement dans le corps monte et se concentre dans la partie du sommet de la tête, ou la pensée devient non duelle, et la conscience perçoit la pure lumière de l’esprit. C’est pour cela que les statues du Bouddha montrent son «oushounisha» épanoui comme une flamme de lumière au dessus de sa tête. Quand nous vivons de manière ordinaire nous pensons en volume, nous voyons des choses à l’extérieur de notre corps avec notre mental et nous projetons notre énergie vitale vers elles. Pendant la méditation, il faut au contraire se centrer sur le cœur et donc s’exercer à voir l’image d’un disque de lune, plat, dans la poitrine de telle sorte que l’énergie de la conscience se concentre à l’intérieur du corps. Avec la respiration lente et profonde par le ventre, l’énergie des passions s’éveille et circule comme des pensées dans notre conscience. Elles sont évanescentes comme des images sur un miroir et l’on voit une lumière blanche . Avec le temps, les contours de la lune s’efface et elle se dissout d’elle même. Il ne reste plus que la luminosité naturelle de notre esprit. Il n’y a donc pas à vouloir se purifier par la volonté comme on lave un linge pour obtenir un résultat, plus blanc que blanc, mais à observer toutes dénominations mentales se dissoudre, les unes après les autres, la notion de pureté aussi. Il n’y a donc pas à avoir de fixation sur ce qui seraient des bonnes ou de mauvaises pensées. Tout n’est que mirage et ce n’est pas si facile que cela de laisser son mental en repos sans qu’il veuille toujours réfléchir, agir au lieu de rester en paix et serein. Vouloir atteindre l’illumination ou maîtriser le processus pour atteindre un état de sagesse est aussi une illusion de plus à laisser se dissoudre d’elle même. Chaque jour est différent, la méditation en interne aussi. La nature de tout les êtres est celle du Bouddha en activité, même les gens difficiles à vivre font parti de son activité, il n’y a donc rien à haïr ou à aimer passionnément. Tout est un rêve, il n’y a rien à réaliser, ni talent à développer, si ce n’est de rester paisible et aimant. On prend conscience de la lumière qui rempli l’univers, on obtient de ne pas haïr, de ne pas aimer, parce que la nature de la lumière est non duelle. Il n’y a rien, ni personne qui réalise, ni quelque chose à réaliser. C’est cela la pureté, ce n’est pas une qualité humaine, ni du à la naissance dans une famille ou un pays, ni un état à atteindre par des efforts et des mortifications, c’est l’absence de projection de dénomination sur l’esprit. Pendant l’initiation de Kanjo, le maître montre un miroir où le moine se regarde et cela signifie l’absence de nature propre, c’est à dire sa non existence au point de vue ultime. Le Bouddha historique Shakyamuni a enseigné la voie du dépassionnement, il a atteint l’illumination en dépassant les projections mentales qui obstruent la voie de la perception de l’unité. La vérité sur le monde, c’est qu’il y a en action simultanément en nous et dans le cœur des autres hommes, un océan de lumière paisible, joyeuse et très gentille qui agit pour faire du bien. Le Bouddha a dit: «Qu’un homme me coupe le bras et qu’un autre m’oigne de parfum de santal, à l’égard de ces deux hommes mon esprit est égal ». Son esprit s’est uni avec cet océan de lumière aimante et joyeuse qui est la nature ultime des atomes qui constituent la matière et il a aussi dépassé l’attachement à cette notion de perception du vide. Il est impossible de parler de cela parce que l’esprit change complètement d’échelle. Ensuite, il a exprimé cette sagesse du vide et sa compassion dans le monde par sa vie, ses enseignements, son rayonnement. Il transformait les autres hommes par sa seule présence et devenait un modèle à suivre pour tous. Il exprimait ce que les enseignements du Shingon appellent «Devenir Bouddha dans cette vie avec ce corps». Cela veut dire vivre en parfaite harmonie avec notre environnement. Lorsque notre corps, nos paroles, nos pensées sont purifiés de nos passions, le mental est apaisé. La vacuité est la racine de nos vies où nous devenons tous un. «Dieu seul suffit» à celui qui prie sans cesse, si chaque respiration fait descendre en nous cette force de vie qui apporte du bonheur et de l’intelligence, qu’avons nous besoin d’autre ? La vie du monde, son agitation mentale et ses obligations matérielles devient un fardeau.



Le temple Komyo-in

Le nom complet de Komyo-in est : «Temple de la lumière pour la vie». Sa vocation est de se consacrer à la protection de la vie sur terre. Pour résoudre tous les problèmes à venir, nous avons besoin d’hommes de hautes qualités scientifiques au pouvoir pour nous préparer au changement climatique et aux pénuries en tout genre. C’est pourquoi, il faut prier les Bouddhas de nous en envoyer. La grande sagesse du Bouddha connaît bien mieux que nous ce que sera l’avenir du monde, il enverra des bosatsu pour nous aider dans le monde entier. Mais il faut aussi que nous pensions à sauver la vie des animaux et pas seulement la notre. Je dédie ce petit texte pour le bonheur de tout les êtres et aux maîtres bouddhistes qui me l’ont inspiré.

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