Devenir Bouddha dans la vie quotidienne « sokushin jobutsu »

J’ai connu un gendarme qui s’intéressait, un peu, à la religion et au Bouddhisme et j’ai essayé de lui expliquer les bienfaits de prier, pour trouver le bonheur en soi et l’apporter aussi aux autres.

Je lui parlais de la loi du karma en disant que l’on reçoit ce qu’on a semé et qu’il faut éviter de faire des mauvais actes, même pour se venger d’un méfait ou d’une injustice.

Finalement, comme il voyait chaque jour des délits et des gens méchants, il n’était pas persuadé qu’il suffisait d’être gentil avec tout le monde pour que la justice règne d’elle même dans le monde. L’histoire est remplie de crimes restés impunis et de monstres qui ont tyrannisé leurs peuples. Il raisonnait à partir de sa pratique de la vie et ne croyait pas que l’on peut agir directement par la pensée sur le monde. Finalement, il me répondit : « Si c’est vrai, comment cela marche ? ».

Comprendre l’unité du monde dans lequel on vit

Aoki Yuko disait : « Ce n’est pas vous qui vivez, c’est l’univers qui vous fait vivre.».

Chacun ne voit que ses besoins immédiats et ne comprend le monde que selon la sensibilité de son cœur et le développement de son intelligence. Notre cerveau basique humain est encore celui d’un animal immature, il analyse les situations pour assurer son avantage et sa survie, mais ainsi il perd le sens de l’harmonie universelle et par égoïsme, et orgueil, il se comporte sans respecter la vie des autres. La maturité humaine vient quand le cœur s’ouvre et ressent de l’amour, de la compassion, et que ses pensées et ses sentiments lui donnent de la sensibilité et du respect pour la vie de l’autre. Alors son intuition s’éveille et cela lui permet de percevoir directement, de cœur à cœur, ce que pense ou ressent l’autre. La nature aussi peut être comprise par intuition, quand on aime une forêt on ressent l’unité de la vie.

En méditant sur le vide, on va au-delà des formes, des émotions, des constructions mentales de notre mental, on découvre alors que nous avons tous la même nature de l’esprit. Chacun est une petite vague de conscience d’un immense océan de lumière qui gère toutes les vies globalement.

La répétition de la prajna paramita permet de réaliser cette sagesse intuitive par l’ouverture du cœur de compassion ( bodhi).

Le daïnitchi-kyö dit qu’atteindre l’état de Bouddha consiste à connaître et à vivre la sagesse de son propre cœur : « Connais la vérité de ton propre cœur » et un fois pour toute que la personne non éclairée est Bouddha.

Les gens ne savent pas qu’ils possèdent la nature de Bouddha, c’est la même pour tous mais elle n’est pas encore éveillée chez les gens difficiles à vivre. Ensemble, nous évoluons grâce à nos rencontres sur des milliers d’années vers cette prise de conscience globale et l’éveil du cœur de compassion.

La lumière à l’origine du monde a créé la vie biologique et elle continue son œuvre en nous.

Cette immense intelligence aimante, supervise toutes les vies individuelles.

Quand nous prenons refuge dans ce qu’on appelle Dieu ou Dainitchi-Nyoraï, nous demandons son aide pour suivre la voie juste et vivre en harmonie avec tous les autres êtres sensibles selon sa sagesse globale.

Bien sûr, nous pouvons aussi ne pas croire en l’existence d’un Bouddha ou d’un Dieu créateur, sage et aimant. Nous pouvons vivre comme un parfait égoïste, orgueilleux en pensant que la seule loi dans le monde est celle du plus fort. Mais, alors notre personnalité sera désagréable et notre activité créera de la dysharmonie et du malheur pour soi et les autres. La vie sera écourtée et pour bien nous faire comprendre le mal que nous avons fait subir aux autres, nous irons passer quelques années dans des mondes où il y a beaucoup de souffrances.

Ou nous pouvons choisir de vivre en harmonie avec la force de vie de l’univers qui s’exprime aussi dans le cœur de tous les êtres sensibles et dans la nature. Nous traiterons tous les êtres avec amour et respect en sachant que notre durée de vie est courte.

Cette attitude de recherche de la vérité, libérée des illusions du monde, nous donnera envie de pratiquer la religion.

L’étude et la pratique des mantras nous permettra d’évoluer vers la découverte et la compréhension du monde intérieur invisible aux hommes ordinaires. Cette connaissance extraordinaire résout beaucoup de faux problèmes et nous évite de perdre notre temps à chercher le bonheur uniquement dans des illusions fugaces.

Le but de notre vie ne sera plus seulement matérialiste mais principalement orienté vers la découverte et le développement de notre nature de Bouddha en nous et chez les autres. Nous sommes comme des fleurs en boutons qui avons beaucoup de pétales à épanouir, des merveilleuses qualités à manifester pour le bien et le bonheur de tous les êtres.

Nous exprimerons par notre personnalité une grande solidarité, de l’amour, de la compassion, de la stabilité intérieure, de la joie. Par nos actes, nos pensées, nos paroles, de Bodhisattva nous souhaiterons rendre les autres heureux et paisibles. Après notre mort, nous évoluerons vers des mondes supérieurs lumineux où nous aurons beaucoup d’amis.

Résumons : Le But de la vie est d’éveiller en nous des qualités éthiques pour se libérer de la notion d’un moi égoïste qui croit exister séparé des autres et veux les dominer. Cultiver l’amour dans son cœur est le remède fondamental pour effacer les péchés et réaliser que nous sommes interdépendants les uns des autres et que nous nous enrichissons de nos différences.

Nous n’avons pas à entrer en compétition les uns avec les autres, mais à contribuer ensemble dans la vie quotidienne au bonheur de tous. Le Shingon enseigne à devenir Bouddha dans la vie de tous les jours : « Sokushin jobutsu ».

Ce texte parle de l’ensemble des qualités à cultiver pour agir à chaque instant avec sagesse, et humilité, guidé par l’intuition du cœur.

Le Bouddhisme des trois mystères

La pratique du bouddhisme ne se limite pas à la prière, la vie quotidienne est une bonne école pour développer le contrôle de soi et les qualités morales qui permettent d’accéder à la sagesse du détachement et devenir Bouddha dans la vie de tous les jours. Elle doit nous donner l’occasion d’accumuler beaucoup d’actes bénéfiques pour le bonheur de tous les êtres.

Mes maîtres étaient un merveilleux exemple pour cela.

Près d’eux, chaque moine se sentait devenir immédiatement meilleur et faisait des efforts pour bien se tenir. Matsumoto senseï disait : « Ne jamais se laisser aller, même quand on est seul » et Aoki senseï me disait : « Si vous pratiquez bien les mantras, cela doit se voir aussi par votre maintien. »

Le Shingon enseigne la voie des trois mystères, on fait un mudra qui symbolise le corps, on répète une prière qui symbolise la parole, on visualise devant soi un Bouddha qui symbolise notre pensée. Ainsi, nous nous unissons par le cœur à la grande sagesse et à la compassion du Bouddha Daïnitchi-nyoraï ce qui doit s’exprimer ensuite naturellement par notre comportement et nos paroles.

Si nous sommes vraiment détachés des illusions du monde, nous devrions rester calme dans l’activité quotidienne et par compassion parler gentiment aux autres quand tout le monde s’énerve par colère, peur ou impatience et surtout nous devrions toujours avoir dans le cœur, l‘amour, la compassion, la joie, l’équanimité qui sont les quatre qualités incommensurables développées par un bodhisattva. Pratiquez une religion doit nous amener à une compréhension personnelle, aimante et joyeuse de la vie bien que l’on sache que rien ne dure. La mort est une fausse disparition, juste une séparation provisoire. Si nous nous aimons, nous nous retrouverons dans une vie prochaine sous une autre forme. Le monde évolue constamment, rien n’existe réellement car tout se transforme. Le savant français Lavoisier, un chimiste, disait : « Rien ne se crée, rien ne disparaît, tout se transforme. ».

Par contre ce qui peut et doit changer, c’est notre manière de comprendre la vie quand on a la vision de la vacuité. Ainsi après leurs disparitions on garde le contact par le cœur, avec les êtres aimés et c’est pour les aider que l’on pratique le culte des ancêtres.

En pratiquant la méditation, il y a dix niveaux de sagesse à atteindre dans une vie pour réaliser que le monde quotidien est le monde parfait des Bouddhas. La vie est merveilleusement belle et c’est une joie de pouvoir y vivre instant après instant. Développer la grande compassion sans limite permet d’agir au-delà des formes visibles et d’apaiser les conflits et la souffrance dans le monde. Chaque être est fragile et a le droit de vivre heureux, en pensant à soi d’abord. Mais la vie d’un sage peut prendre un sens plus profond, serein. Il souhaite rayonner de l’amour pour le bonheur de tous.

Devenir Bouddha dans la vie quotidienne avec Kangi-ten

En général, les hommes se tournent vers la religion juste pour trouver de l’aide à un moment de leur vie quand ils souffrent et que ni leur capacité, ni la science ne peut les aider.

Commencer à prier, Kangi-ten, le dieu de la joie pour obtenir des bénéfices mondains est bénéfique car il est très puissant et si c’est possible, un problème concret peut se régler grâce à lui d’une manière inattendue. Mais il faut avoir de la constance dans sa pratique dans la vie quotidienne, et durant toute la durée de notre vie. C’est comme si on faisait entrer un grand ami dans notre maison. Donc il faut bien s’occuper tous les jours, c’est à dire le prier régulièrement matin et soir et penser aussi à changer les offrandes de son autel tous les jours et pas seulement de temps en temps. Il faut que son autel soit toujours très propre, bien rangé, avec constamment des offrandes dessus qui lui conviennent.

Ces deux corps symbolisent l’union de cœur à cœur de deux personnes qui s’aiment et s’unissent par l’esprit. Elle met notre cœur humain directement au contact de la force et de la sagesse du monde des Bouddhas. Kangi-ten peut aider beaucoup ceux qui cherchent des bienfaits mondains mais aussi ceux qui cherchent à atteindre l’illumination. Il ouvre des portes dans les mandalas, il donne l’amour et la grande compassion. Kangi-ten est le Dieu de l’harmonie, il donne plus de force, plus de sagesse, mais en retour nous devons dans notre vie quotidienne en faire bénéficier les autres êtres sensibles. Un grand maître du Shingon disait : « Kangi-ten est le Bouddha secret parmi tous les bouddhas secrets du Shingon. ». Il favorise notre réussite sociale par notre attitude bienveillante vis à vis des autres ce qui nous ouvre les portes vers les mondes supérieurs.

S’éveiller grâce à lui, c’est comme si on voyait partout la présence de Dieu ou du Bouddha.

Ce serait donc dommage de limiter nos souhaits à vouloir des bienfaits mondains, en ne pensant qu’à soi. Cela voudrait dire qu’on vit enfermé dans son ego et qu’on n’a rien compris ni à la communication de cœur à cœur avec le Bouddha dans la vie quotidienne et ni à ce que nous sommes venus faire là sur terre. Il faut demander à Kangi-ten d’atteindre aussi un épanouissement intérieur, l’éveil spirituel. Les passions humaines sont une recherche de Dieu sur terre à l’extérieur dans la matière. La recherche spirituelle permet d’approfondir notre vision intérieure pour ressentir la présence du Bouddha s’exprimer dans chaque être que l’on croise chaque jour de notre vie.

Quand on a la grande compassion et le désir de rendre les autres heureux, on peut vraiment dire «Bonno sokou bodaî », ce qui signifie, les passions sont l’illumination, parce que la passion principale qui nous anime et qui nous rend heureux, c’est de rendre aussi les autres heureux.

« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir »

Le Bouddhisme enseigne les lois du dharma pour se perfectionner au contact des autres et ainsi à atteindre l’éveil. Il s’agit de prendre conscience que nous sommes tous un et cultiver par conséquent une attention à la souffrance des autres en ayant une attitude aidante et altruiste.

Un simple petit mot gentil à quelqu’un qui paraît triste peut faire parfois des miracles.

La vie humaine est merveilleuse, car nous sommes suffisamment intelligents pour pouvoir nous perfectionner et aussi faire du bien aux autres. Le karma Yoga enseigne que ce sont nos actes aussi qui peuvent nous libérer de la souffrance et de notre égoïsme.

Dans le monde, il y a beaucoup de gens qui se dévouent pour les autres, parfois au péril de leur vie.

Ils se réalisent intérieurement en rendant la vie possible aux autres. Les policiers, les pompiers, le personnel médical, les fonctionnaires consciencieux, les religieux, tous font un travail formidable. Pourtant personne n’en entend jamais parler, mais le pays ne pourrait pas fonctionner sans eux.

Si chaque matin nous prions pour les aider et les protéger, nous faisons un bon acte formidable.

En priant ainsi pour le bonheur de tous les êtres, nous continuons l’œuvre du Bouddha sur terre.

Il y a deux types de statues de Kôbô-daïshi qui symbolisent deux niveaux d’éveil. La première tient son chapelet dans la main droite, il pratique des ascèses pour se perfectionner. La deuxième statue tient son chapelet dans la main gauche, il prie désormais pour le monde.

Quand nous priions pour la paix dans le monde, nous rejoignons le groupe des serviteurs de l’humanité dans le monde concret et aussi celui de la sangha qui vit dans les dix terres de Bouddhas. Ensemble, nous devenons plus forts car nous pouvons nous entraider. Nos vœux vont se concrétiser dans le monde entier pour le bonheur de tous, même si nous ne voyons aucun changement rapide près de nous. Faire la dédicace de nos pratiques va changer la vie de milliers personnes qui retrouveront l’espoir. Il ne faut pas être impatient et veiller à ne pas perturber les autres en se mettant en colère. Si nous voulons persévérer dans la voie de la non-violence, l’important est de savoir contrôler son esprit, ses paroles, pour ne pas perdre le lien précieux avec le Bouddha.

Nous agissons avec la lumière douce et aimante de nos prières pour harmoniser la vie. Nous ne voulons pas détruire un ennemi. Ceux qui subissent les souffrances ont dû faire du mal autrefois. Ceux qui font souffrir les autres subiront des souffrances à leur tour plus tard. Tous sont en cours d’évolution.
En médecine, le premier principe d’un médecin est de ne pas nuire au malade. De même, si nous voulons réaliser l’idéal de Bodhisattva, dans notre vie, nous devons faire attention à ne jamais faire d’actes négatifs, ne jamais prononcer de paroles moqueuses, méchantes ou méprisantes, ne jamais garder dans son cœur du ressentiment, de la jalousie, des rancunes, des ruminations stériles dans un coin caché de notre cœur. Il faut faire un grand ménage intérieur, et retrouver toutes les souffrances de l’enfance pour s’en libérer sinon notre cœur ne peut pas s’ouvrir complètement.

De même quand il y a des disputes et des guerres, nous n’avons pas à prendre parti pour un camp ou l’autre mais à calmer et purifier tous les cœurs. Pour dissoudre les pensées de haine, notre esprit doit rester clair, pur, joyeux, calme pour transmettre aux autres, la pure lumière du dharma qu’il reçoit d’en haut, pour le bonheur de tous.

Le Bouddhisme est une religion d’amour universel. Notre action doit être apaisante, protectrice , aidante.

En ce moment il y a un réarmement mondial dans beaucoup de pays, et le changement climatique qui détruit la vie des forêts par des incendies et celle des cultures, les dangers s’accumulent. Il faut demander l’aide des Bouddhas pour faire venir de bons dirigeants pour régler tous les conflits et trouver des solutions pour sauver de trop de chaleur l’agriculture qui nourrit les populations.

Suivre la Voie du milieu

Siddhartha, le futur Bouddha était fils d’un roi de l’Inde et après avoir vu, un malade, un mort et un ascète, il a réalisé brusquement que tout est impermanent. Alors, il a voulu comprendre ce qu’il était au-delà de sa personnalité transitoire de prince et savoir ce qu’est le vrai monde. Il a renoncé aux plaisirs fugaces et au monde confortable de son palais pour aller vivre une vie d’ascète retiré en forêt, en méditant jour et nuit, pour connaître son propre esprit.

Cependant Shakyamuni a enseigné la voie du milieu, l’équilibre juste, entre trop de plaisirs et trop de sévérité dans l’ascèse.

Dans le bouddhisme Theravada on enseigne à rejeter les passions et toutes les illusions du monde. Les moines de toutes les religions cherchent à se simplifier la vie matérielle. Ils rejettent l’agitation et les plaisirs du monde et tout liens qui pourraient perturber leur paix intérieure.

Un texte chrétien dit : « Il n’y a que l’amour qui peut remplir le cœur de l’homme. Le juste avec l’amour et une pincée de terre est rassasié ; mais le mauvais, avec tous les plaisirs, les honneurs les richesses a toujours faim, toujours soif. Il n’est jamais rassasié. »

C’est vrai que vivre dans le plaisir est corrupteur, et que si on n’utilise pas son énergie sexuelle, on en a plus pour réaliser la bouddhéité. Mais c’est insuffisant de dire cela, car nous ne pouvons pas vivre non plus sans un minimum de plaisir et de bonheur affectif. Nous sommes des animaux émotifs et sensuels et s’imposer trop de privations peut amener des frustrations, de la tristesse et de la dépression.

Les hommes n’ont pas tous la même maturité affective, il n’y a donc pas de règles générales à imposer à tous. Pour ceux qui le peuvent, c’est un bon entraînement de s’imposer des privations volontaires de nourriture ou de faire des ascèses solitaires, c’est utile pour réussir dans d’autres domaines. Par exemple, si les moines du Theravada ne mangent pas le soir c’est pour se lever tôt le matin. Prier certains Bouddhas nous libère de notre léthargie, de notre paresse, et de l’emprise de nos instincts comme Foudomyôô, ou encore Byakoui Kannon qui a une haute chevelure qui donne une grande pureté, et aussi le Dieu Fukurokuju, le Dieu de la longévité. Le plaisir peut être utilisé pour avancer spirituellement si on le considère comme un don que nous fait le Bouddha.

Prononcer le mot merci souvent à divers moments de la journée est juste car nous dépendons beaucoup des autres pour vivre heureux. Et cultiver le sentiment de reconnaissance vis à vis de l’univers par exemple pendant qu’on mange un fruit, peut devenir un bon moyen de nous unir à la Force de vie de l’univers.

Beaucoup de moines au Japon ne pratiquent pas apparemment un ascétisme sévère mais leur vie est difficile et contraignante car ils doivent rester toujours disponibles pour aider les fidèles de leur temple. Souvent, ils ont une famille, des enfants et pour cela ils cultivent le sentiment de reconnaissance à chaque instant de leur vie. Ils considèrent que tout est rare et précieux parce que cela leurs permet de s’émerveiller de la beauté de la vie. Le plaisir n’est pas mauvais en soi. Les sensations de l’amour humain provoquent du plaisir, de la peine et de l’attachement mais aussi de la maturité émotionnelle. Tout ce qui arrive en bien ou en mal dans une vie est un cadeau du Bouddha qui est reçu avec reconnaissance. Si on voit la présence du Bouddha dans l’être qu’on aime, l’amour humain devient une sorte de fusion de cœur à cœur avec Dieu ou le Bouddha et cela fait grandir la joie dans le cœur. Ce sentiment de reconnaissance peut se cultiver à chaque moment de la vie parce que Dieu est partout. On dit : « Merci la voiture, merci pour la nourriture, merci l’ordinateur à ceux qui l’ont donné ou fabriqué, merci les parents. etc »

Cultiver sans cesse le sentiment de reconnaissance est essentiel pour notre développement car il nous ouvre à l’autre, il donne l’humilité et agrandit notre prise de conscience à tout l’univers.

Il nous fait prendre conscience de tous liens nécessaires qui nous unissent les uns aux autres pour notre bonheur et notre épanouissement mutuel. Ce n’est plus un ego qui se croit important et qui veut tout dominer. C’est une âme humble, consciente de sa fragilité affective et de l’interdépendance de tous les êtres, qui veut participer à la vie en apportant du bonheur aux autres pour les remercier. Si à chaque respiration, on se sent connecté par le cœur avec toute l’humanité, cela donne une joie intérieure qui ouvre notre cœur aux énergies élevées du monde spirituel invisible, Cela nous fait voir le monde autrement, on n’a moins besoin de distractions. Désormais, on recherche le calme mental pour approfondir la connaissance de soi, on choisit des activités solitaires, paisibles qui affinent nos sentiments et nos pensées. Par hygiène mentale, on évite de lire ou de regarder des films violents, malsains ou stupides. On fait attention à nos fréquentations et à choisir un environnement sain, des objets avec de bonnes énergie.

Nous acceptons tout ce qui nous arrive avec beaucoup de l’humilité, même les choses désagréables, et les critiques méchantes peuvent prendre un sens précieux. Elles peuvent être une sorte de mise en garde pour nous prévenir d’une erreur dans notre comportement, ou notre manière de penser. Chaque expérience est nécessaire et enrichissante pour mûrir. La meilleure façon de vivre est d’accepter tout ce qui vient avec détachement et de confier sans cesse notre vie au Bouddha. Nous ne savons pas toujours ce qui est bien, il faut renoncer à notre volonté propre pour nous adapter aux changements au jour le jour, et être guidé par les intuitions de notre cœur.

Un jour, nous étions en voiture, coincé juste derrière un camion qui vidangeait une fosse septique, et mon maître dit après un moment : « C’est rare de sentir cette odeur dans la vie, c’est précieux. » . La vie devient un terrain de jeu pour développer le détachement, vivre joyeusement, relativiser tout, et effectivement voir le côté, expérience intéressante, de chaque situation. Ainsi le cœur ne devient jamais tendu, mécontent, rancunier, triste. Il développe l’équanimité et accepte avec un amour sincère tout ce qui vient avec curiosité. Il voit la volonté de Dieu ou du Bouddha partout même quand il y a un retard, un ennui quelconque. Maintenant, il faut apprendre à lâcher prise à tout, pour se préparer un jour à mourir sereinement. Quand on ne veut plus tout diriger dans le monde extérieur, on est détendu intérieurement, c’est la vie intérieure calme qui est importante car elle nous permet de rayonner dans le monde invisible. Résumons : « Tout est rare et précieux, donné par le Bouddha pour notre bien et notre formation sensorielle. Même si parfois son enseignement est un peu déconcertant, le but final est le détachement des illusions du monde ».

Cela se fait spontanément quand on approfondit sa vie intérieure. C’est de plus en plus vrai et évident quand on prie beaucoup car le Bouddha voit notre détermination et s’occupe bien de nous.

La voie de la repentance, c’est celle de la délivrance

Selon la loi du karma ceux qui ont fait beaucoup de mal doivent souffrir pour comprendre la souffrance qu’ils ont fait aux autres. Une brute égoïste a le cœur fermé, il ne ressent rien devant quelqu’un qui souffre. Au contraire, il peut jouir de voir les gens dans le désespoir, cela lui donne un sentiment de domination. Parfois, c’est utile de souffrir quand on a été très orgueilleux et égoïste. Cela peut arriver dès cette vie ou dans les prochaines. On peut naître avec un handicap ou avoir un accident qui nous mutile. C’est là que le processus de reconstruction de la personnalité commence car devenir dépendant des autres rend humble et reconnaissant. On apprend à dire merci pour les soins que l’on reçoit, et avec le temps aussi à être compatissant. En voyant de près des gens qui souffrent encore plus que nous, cela fait de la peine parce qu’on ressent par l’expérience vécu de l’intérieur combien ils souffrent. Avant, on aurait eu juste du mépris pour « les perdants ». Ensuite, en voyant le personnel soignant, des gens bien, intelligents, attentifs aux besoins des autres, qui se dévouent pour soi et pour les autres, on en arrive à remettre en question les valeurs malsaines d’un « dominant égocentrique ». D’abord, on se repens de ses fautes passées, puis on veut les réparer en changeant en mieux pour faire du bien aux autres.

C’est à ce moment-là qu’on se rend compte que le vrai bonheur vient de l’intérieur quand, autour de soi, on rend heureux les gens, les animaux, les végétaux. Les relations humaines ordinaires sont un bon moyen pour apporter du bonheur, de la joie, de la paix. Il faut savoir écouter les autres sans les interrompe, ni les juger, en leur souriant sincèrement avec les yeux plissés. Les gens savent reconnaître les vrais sentiments sur un visage et comment ils sont reçus.

Cela crée un sentiment de sécurité et de confiance mutuelle qui permet des échanges de pensées et de sentiments. En parlant, chacun peut clarifier ses émotions et connaître vraiment les intentions de l’autre. Cela apaise les tensions, car souvent les gens ne se sentent pas compris, ni écoutés. Il en résulte un épanouissement mutuel dans la relation qui crée des ondes de satisfaction en société, de joie et d’amour entre amis et de tendresse entre les humains et aussi avec leurs compagnons animaux et même avec les plantes.

Le bonheur est un état contagieux car toutes les formes de vie communiquent entre elles par des ondes. Selon une découverte de la physique quantique, nous avons tous le long de nos nerfs des récepteurs qui peuvent percevoir le rayonnement de la joie d’une atmosphère chaleureuse de famille ou d’un groupe d’amis. Les plantes aussi émettent des ondes que l’on peut très bien ressentir en marchant en forêt ou dans un temple shintoïste au Japon.

« La joie est partout, mais parfois il faut creuser un peu pour la trouver».

L’habitude d’un lieu fait que nous n’apprécions plus assez ce que nous voyons tous les jours. La routine nous ennuie, et nous pouvons aussi penser que les autres sont plus heureux que nous, parce qu’ils possèdent plus ou mieux que nous. Le cœur se replie alors sur lui-même plein d’amertume.

C’est vrai qu’il y a plein d’expériences extraordinaires à vivre et des pays merveilleux à visiter. Mais c’est davantage notre manière de voir et de vivre notre vie présente, ici et maintenant, qui peut apporter tout de suite le bonheur. L’argent est utile mais il ne remplace pas tout.

L’actualité nous montre que les gens très riches font parfois de grosses bêtises parce qu’ils s’ennuient. Maître Matsumoto disait : « Une vie sans soucis, c’est déjà le bonheur. Il faut savoir apprécier d’être en vie. Cultiver la joie fait venir spontanément le bonheur ».

Ceux qui sont insatisfaits, n’ont pas assez développé leur vie intérieure et ne s’intéressent pas assez aux autres pour vouloir leur procurer du bonheur. Si on ne pense qu’à soi, on se referme et on ne peut plus rien recevoir. La bonne manière de vivre sa vie est de chercher de bonnes raisons d’être heureux maintenant, en nous, plutôt qu’attendre que cela vienne de l’extérieur.

Que puis-je faire ; pour rendre heureux les autres, pour la voisine qui a des problèmes avec ses enfants, ma famille est-elle heureuse ? Comment bien éduquer les enfants ? Il y a beaucoup de choses à apprendre que nous négligeons. La prière donne le pouvoir pour aider en remerciant le Bouddha de s’en occuper. La vie devient alors comme une aventure dans l’univers qui est le corps du Bouddha. Si on prie Kangi-ten et qu’on lui demande souvent son aide, il va nous rendre heureux grâce aux surprises qu’il nous préparera chaque jour.

Tout vient au bon moment pour les gens qui rayonnent de bonheur, qui sont aimants et se dévouent pour un idéal altruiste car ils sont portés par les vents positifs.

Une sainte chrétienne disait : « Où est la charité, Dieu est aussi. Si vous pensez faire à faire du bien pour votre frère, Dieu pensera à vous. Si vous faites un trou pour votre frère, vous y tomberez. Il sera pour vous. Mais si vous faites un ciel pour votre frère, il sera pour vous. »

Il faut agrandir son monde intérieur au niveau du cœur en aimant la vie.

Si on salue les objets avec respect, si on remercie un escalier roulant que l’on prend, ce sont tous les efforts des humains qu’on remercie. Grâce aux sentiments de reconnaissance de notre cœur, notre cœur devient plus grand, plus lumineux, plus joyeux et les gens le ressentent et viennent vers nous. C’est important, car cultiver une vision positive de la vie nous rend solidaire avec tout, nous nous connectons avec la force de vie de l’univers qui pousse les hommes à agir et à vivre ensemble. Nous aurons plus d’amis, nous serons portés par leurs pensées positives. Tous les moments de notre vie peuvent être vécus ainsi, avec beaucoup d’empathie pour les autres et cela va nous amener petit à petit à l’amour universel qui donne l’omniscience. Plus on remercie le Bouddha et plus on aime les autres, plus on respecte la vie et plus on a de joie, et à la fin tout cela fait venir le bonheur.

Alors, à notre tour on souhaite agir pour le bonheur des autres et cela donne encore plus de bonheur.

On en arrive à : « Aimer l’amour, pour l’amour de l’amour. ». « Aimer, c’est devenir Un. »

Aimer, c’est voir Dieu partout et dans chacun, et s’émerveiller de la beauté du monde.

Devenir comme le Bouddha Sakyamuni

Le Bouddha Shakyamuni a développé les facultés supérieures de son cerveau ce qui lui a donné la vision d’autres mondes faits de lumière. Il a été plus loin que cette perception humaine et a dépassé la notion de dualité, c’est à dire qu’il a arrêté de penser en termes de « moi et le monde ». Il a réalisé l’unité de son esprit avec la grande force de vie de l’univers et a rejoint ainsi les Bouddhas du passé.

Les images du Bouddha représentent symboliquement l’éveil de ses facultés supérieures par une sorte de bosse sur sa tête ( boutcho) avec une petite flamme dessus.

Le Bouddhisme Shingon enseigne, par les images de ses mandalas et sa littérature, le chemin à suivre pour éveiller toutes les capacités latentes en nous dans cette vie-ci. Dans notre cœur réside une fleur de lumière en bouton à huit pétales, on dit que quand elle est éclose, elle donne une grande sensibilité et de l’intuition « RHI ». Quand nous devenons un, par la sensibilité du cœur, avec les choses et les gens, nous pouvons mieux les comprendre directement par intuition, nous avons alors une sagesse « TCHI » qui dépasse la compréhension de notre mental ordinaire qui peut faire des erreurs de jugement.

Dans notre vie, nous pouvons vouloir satisfaire beaucoup de petits désirs qui se termineront un jour.

Nous pouvons aussi avoir un seul grand désir : « Taï-yokou » devenir Bouddha par amour de la vie.

La découverte de son propre esprit

Les gens connaissent beaucoup de choses mais ne se connaissent pas eux-mêmes. Il faut dire que tout est fait dans la société pour les empêcher de vouloir prendre conscience de leur esprit. On captive l’attention des gens avec des films comme on le fait pour les enfants avec de jolies objets.

Notre mental a horreur du vide et dès qu’il s’ennuie un peu, il ouvre internet, un bouquin ou il nous pousse à sortir pour aller voir les amis. C’est comme cela qu’on reste un ignorant toute sa vie, en étant manipulé par les émotions et les pensées du moment. Si on veut faire de grandes choses au niveau spirituel, il faut réaliser la paix intérieure et cela prend du temps.

Comme la vie est courte, il faut se concentrer juste sur l’essentiel et exclure le superficiel.

En ce moment, qu’est ce qui est important pour nous et pour le monde ?

Si nous voulons tous vivre heureux et en paix sur terre, il faut d’abord tourner notre attention vers la maîtrise de notre esprit individuel. C’est en se changeant d’abord soi même que l’on peut ensuite purifier le karma de notre famille, de notre pays et apaiser le désir de domination de quelques hommes vaniteux sur le monde qui achètent tout avec leur argent.

Jamais les hommes ont autant oublié de prier Dieu ou le Bouddha et c’est pourtant la prière qui a permis aux hommes de construire la civilisation et de vivre en maintenant une certaine harmonie dans les forces du monde. Le réveil risque d’être sévère si nous oublions cela.

Il ne suffit pas de prier, il faut savoir bien le faire pour augmenter son efficacité.

Pratiquer la compassion sans limite

La source de vie vient d’en haut, c’est pour cela que les statues des Bouddhas sont placées en hauteur dans les temples. La prière est un appel à l’aide fait avec foi et humilité vis à vis des forces qui veillent sur l’évolution du monde. Il faut que la prière dure suffisamment longtemps pour qu’elle purifie d’abord nos passions de colère et de tristesse accumulées autour de nous.

On sait que cela va mieux quand les mauvaises pensées se calment en soi. C’est à partir de ce niveau de pureté intérieure que l’on peut commencer à agir sur les énergies des pensées qui circulent dans le monde concret.

D’abord, on prend refuge et on appelle à l’aide les Bouddhas ou Dieu, puis on leurs demande de faire descendre des pensées d’amour sur tous ceux qui prient comme nous pour le bonheur de tous les êtres. Ainsi par ce simple vœu, on se réunit à toute la sangha des religieux des temples. Ensemble réunis par la pensée et le cœur, notre prière devient plus forte.

Puis on pense à tous ceux qui se dévouent pour le bien public dans leur travail (médecins, policiers, pompiers, religieux, fonctionnaires ). Leur action ne se voit pas toujours, mais sans eux, rien ne fonctionnerait dans le pays. Puis, on peut penser à tous ceux qui souffrent de la faim ou de la guerre dans le monde. On remercie les Bouddhas de dispenser leurs bienfaits pour le monde entier et sur la vie des animaux et des insectes, car la vie des humains n’est possible que si tout existe aussi en même temps.

On essaye de rester dans la « compassion sans limite », sans penser à rien de particulier, dans le vide. On reste avec un cœur reconnaissant bien concentré le plus longtemps possible en devenant juste un serviteur de la vie sur terre. Ce n’est pas nous qui agissons mais le Bouddha qui nous utilise pour faire descendre sa lumière sur terre.

Ainsi on accumule autour de soi un grand nuage de lumière que l’on dédie à la fin de la méditation pour la paix et le bonheur de tous et particulièrement pour un pays quand il y a eu une catastrophe ou une famine ou la guerre. La dédicace disperse et protège la lumière de notre pratique car si nous avions par exemple un moment de colère elle serait salie.

Dédier les bienfaits de nos prières pour le bonheur de tous les êtres nous permet d’accumuler des grands mérites. Cela nous rapprochera les uns des autres dans nos prochaines vies, nous aurons beaucoup de bons amis. Avoir la plus grande compassion possible dans le cœur nous ouvre des portes « vers le haut ». Sans cultiver un véritable amour pour les autres dans la vie quotidienne et même vis à vis de ceux qui cherchent à nous nuire, la prière perd de sa force.

Il faut qu’aucune partie de notre cœur contienne du ressentiment, de la colère et des passions tristes.

Il faut que le cœur soit pur et grand ouvert pour recevoir la lumière de la grande compassion sans limite, appelé « Daibodaïshin», ce qui permet de faire des vœux pour s’unir à la force des Bouddhas pour le bien de tous. C’est dans cet état que nous recevons alors les énergies du monde spirituel qui sont les plus subtiles sur le sommet de notre tête, comme l’a fait le Bouddha.

Prier dans la vie ordinaire

On peut aussi prier en secret dans la vie courante, tout en restant vigilant et calme.

Cela permet d’apprendre à bien se contrôler, on prend du recul dans l’action, on observe les mauvaises pensées, d’énervement, de colère, d’avidité en soi ou chez les autres et on les rejette aussitôt. Les gens qui ne prient pas n’ont pas, en général, de vie intérieure. Ils sont d’abord très attachés au résultat concret, mais travailler dans la joie et la bonne humeur augmente le rendement.

La pratique religieuse doit se voir par notre gentillesse et notre détente intérieure.

Mais ce n’est pas si facile à faire car pendant plusieurs années, les émotions qui viennent, soit de nous, soit des autres nous rendent parfois agressif ou dépressif sans aucune raison objective pendant quelques jours. Pour se renforcer, on peut prier souvent et remercier les Bouddhas le matin, avant de partir au travail pour que la journée se passe bien, et le soir chez soi on brûle avec une baguette d’encens toutes les tensions négatives de la journée et en répétant le mantra de Foudomyôô. Cela donne une nouvelle jeunesse, une autre compréhension du monde, et parfois un nouveau travail plus intéressant s’il faut vraiment changer d’endroit car l’ambiance est trop négative.

Ainsi jour après jour, on devient un exemple de maîtrise de soi pour les autres et un canal pour transmettre grâce à nos prières, la lumière des Bouddhas sur terre pour la protection et le bonheur de tous sur le lieu de travail. Au Japon, j’ai souvent vu dans des entreprises avec des autels sur leur terrain pour relier ce lieu de travail avec un temple shintoïste ou bouddhiste.

Tout cela doit se faire sans le montrer, ni le dire pour ne pas rendre agressif les ignorants ou les paresseux qui ne veulent rien faire. Garder sa pratique secrète permet de ne pas avoir d’obstacles.

Travaillez en se purifiant des émotions qui montent pendant le travail, purifie aussi le sac de nos émotions du passé. L’entreprise fonctionne donc mieux et sans accident dans la joie de Kangi-ten. Cela favorise le travail harmonieux de chaque employé qui exprime un aspect de la sagesse du Bouddha et peut apporter un point de vue utile selon les circonstances. C’est bien pour soi et bien pour les autres « jiri-rita ».

C’est pour cette raison que la méditation sur le vide est aussi importante, parce que la notion de lumière de la vacuité dépasse les rapports personnels dans un groupe. Le vide, c’est bien pour tous.

Le pouvoir de l’esprit

Parler de la méditation aux débutants est difficile, car pour comprendre de quoi il s’agit, il faut la pratiquer soi-même pendant des années. Et après des années, on découvre qu’il y a tout un univers encore à découvrir, c’est extraordinaire. L’illusion fondamentale vient que constamment des pensées surgissent et se projettent sur notre esprit que l’on compare parfois à des reflets sur un miroir. Méditer fait prendre conscience à chacun qu’il voit le monde à travers les caractéristiques de sa personnalité. Matsumoto senseï aurait dit que chacun voit la vie à travers des verres colorés.

D’autre part, notre esprit n’est pas une chose isolée dans la boite de notre crane ou dans la poitrine. C’est un océan de lumière qui peut s’étendre très loin dans l’espace et le temps selon notre maturité et nos centres d’intérêt, il peut rester en communication directe permanente avec les autres esprits de l’univers invisible. Nous nous influençons donc tous à distance, les uns et les autres par nos réactions émotionnelles et nos pensées. Par exemple, quand un grand drame se passe très loin, nous recevons une petite énergie de la souffrance des autres dans notre aura. Après dans la journée, sans savoir pourquoi, on aura un moment de tristesse sans raison un moment. La communication de cœur à cœur permet de prier pour quelqu’un pour l’aider, la prière peut agir au loin pour éviter un accident ou guérir un malade, ou favoriser des rencontres fortuites qui vont changer notre destin.

Nous nous attirons parfois directement de cœur à cœur, avant de nous rencontrer physiquement, car notre esprit agit sur nos décisions sans que notre mental ordinaire en soit conscient. La vie est beaucoup plus mystérieuse que nous le pensons. Les mondes spirituels invisibles nous influencent par la pensée soit dans la vie ordinaire soit en rêve la nuit.

Quand on prend refuge le matin, à genoux devant son autel, on appelle à l’aide les Bouddhas.

Nos amis spirituels viennent alors plus près de nous, et commencent à nettoyer notre aura des pensées dures ou sales que nous avons eu la veille. Avec leur aide on reçoit, une douche de lumière. Puis, en répétant par exemple le sutra du lotus, des cercles de lumières se forment, qui nous protégeront pour toute la journée. La lumière s’accumule au-dessus de notre tête et notre esprit devient plus clair, plus joyeux, de bonnes idées nous viennent sur ce qu’il faut faire, ou éviter de dire. Enfin, on peut faire beaucoup de bien en priant pour le bonheur de tous nos amis, la famille, les gens qui souffrent dans tel pays en guerre, et aussi il faut prier pour ceux qui sont vraiment difficile à supporter dans notre vie. C’est normal de rencontrer des gens désagréables dans sa vie, ils sont des amis chargés de nous apprendre la douceur et la patience.

On peut penser aussi à tous ceux qui travaillent de manière anonyme pour le monde , les médecins, les gendarmes, les pompiers, ceux qui conduisent des trains, des camions et qui ont des responsabilités importantes. En ayant ainsi, une grande aspiration pour procurer le bonheur à tous, notre cœur devient très grand et accumule beaucoup de mérites. Et ainsi, les Bouddhas et éventuellement Kangi-ten nous aidera à ne pas faire des erreurs ou des bêtises dans notre vie.

Ensuite, on commence à méditer sur le vide, les yeux ouverts, le dos bien droit en respirant lentement mais pas trop fort. On observe les pensées qui viennent spontanément. Avec un peu d’expérience on sait reconnaître celles qui viennent de soi ou bien de gens qui pensent à nous.

On remercie les Bouddhas de bénir tout le monde et que la paix règne partout.

Puis on fait la dédicace : « je dédie les bienfaits de cette pratique pour le bonheur de tous ». La lumière de la méditation se répand alors sur la terre entière et sur tous les êtres sensibles.

Dans nos prochaines vies par nos mérites accumulés, nous aurons de bons amis partout.

La vacuité de la vacuité

La prajna paramita enseigne qu’on peut percevoir la nature de son esprit en restant au calme bien concentré face à un mur ou devant l’image d’une lune blanche. Bien droit, on respire profondément et tranquillement et on observe ses pensées. On laisse tout venir, sans refouler les émotions, et si on ne se met pas réfléchir dessus, elles finissent spontanément par se dissoudre.

On continue ainsi sans chercher à vouloir organiser ce nettoyage, et petit à petit les pensées, les émotions et les constructions mentales dues à notre volonté, apparaissent et se dissolvent.

Ainsi, on finit par voir la luminosité vide de son esprit quand il n’est pas coloré ou agité par l’activité du mental comme une lune très pure, ou un miroir, ou un espace très grand, très lumineux, pure, paisible, vide. A ce moment-là, notre cœur n’a plus de désirs, il prend conscience de son unité avec l’esprit de tous les êtres sensibles. Un dicton dit : « Dans une seule pensée six mille monde ». Nous croyons tous exister séparément mais chacun est comme une petite vague de conscience dans un immense océan de lumière. Tous les êtres ont le même esprit fondamental, la nature de Bouddha, une grande joie intérieure nous anime.

Ressentir que tout est Un est un état paisible. Puis, si nous persévérons encore, on peut encore aller plus loin et perdre ce sentiment de dualité, entre moi qui regarde le monde, ou mon esprit qui ressent celui des autres.

Quand on pratique depuis longtemps, on peut perdre un moment la notion du moi. C’est une sorte de samadhi sans conscience qui dure très peu de temps. Puis la conscience duelle revient. Mais nous avons plus de profondeur, une paix intérieure plus forte.

Prendre conscience que tous les êtres ont le même esprit fondamental nous rapproche les uns des autres. Nous sommes tous des âmes en train d’évoluer. Il n’y a pas de hiérarchie céleste dans l’absolu, où tout est un. Mais dans les états intermédiaires, il y a des âmes qui gardent une partie de leur ego et elles ont plus ou moins d’amour ou d’ouverture pour l’ensemble des êtres vivants.

Dans le Bouddhisme, il y a le niveau des Bouddhas pour soi qui n’ont pas encore fusionné complètement et les bodhisattvas qui renoncent à l’illumination suprême pour se réincarner et servir l’humanité. Les grands saints se sont dévoués toute leur vie pour le bonheur des autres en s’oubliant eux même. Ils ont beaucoup pratiqué pour exprimer la volonté de Dieu et pas la leur à leur avantage.

Certains maîtres perdent contact avec la réalité du monde et se prennent pour le centre du monde, il vaut mieux les éviter car ils veulent aussi des bénéfices pour exprimer leur sensualité.

Les vrais saints vivent simplement, modestement une vie apparemment routinière, et seuls les connaisseurs les apprécient à leur juste valeur.

Comment cela marche-t-il ?

Nous croyons que dans l’univers, sont bien séparés la lumière, la matière et la vie biologique. Les êtres sensibles ont des pensées, des émotions, des sentiments, et ils ont une vie relativement indépendante les uns des autres. Mais notre corps et toute la matière qui existe est fait de lumière.

La physique quantique enseigne que la matière est constituée de quarks, des ondes lumineuses qui s’assemblent pour former des champs électromagnétiques qui se repoussent d’où la dureté.

Nous ne sommes pas conscients de ce niveau de notre être, comme nous ne sommes pas conscients du fonctionnement de nos organes. Chaque organe fonctionne apparemment tout seul, mais en fait, notre corps est très complexe et auto régulé.

Ce qui est important de comprendre, c’est la dualité qui existe entre la conscience de notre corps et celle de notre esprit qui sont fait pourtant tous deux de lumière. Cette lumière est vivante, intelligente et consciente et elle souhaite que nous vivions heureux et en harmonie dans l’ensemble du monde qu’elle a créé pour nous où nous vivons.

Nous avons donc une partie animale consciente de la vie biologique dans le monde concret.

Il y a donc une partie du cerveau programmé pour savoir fuir, se battre pour survivre et qu’on se fasse aussi sa place dans le monde concret avec réalisme. Donc pratiquement, il ne faut pas se montrer trop gentil car on va se faire manger ou être abusé par les voyous et les profiteurs. Il faut être intelligent, prudent, observateur, psychologue et calculateur pour échapper aux pièges.

Et d’autre part, il y a la partie fondamentale spirituelle de l’être qui vit dans la conscience du cœur qui perçoit directement les pensées et les intentions des autres. C’est cette partie qui continue à vivre après la mort et qui se réincarne vie après vie. Alors, comment vivre de manière juste entre ses deux niveaux de corps, l’un concret qui dure quelques dizaines années, et l’autre lumineux qui évolue sur des milliers d’années jusqu’au stade de Bouddha ?

Si l’on est trop idéaliste et imprudent, les gens matérialistes ne vont pas aimer qu’on critique leurs commerces ou leurs tromperies avec notre intuition et nos valeurs humanistes. Ils vont vouloir nous supprimer comme c’est arrivé au Bouddha avec Devadata, et avec Jésus parce qu’il critiquait les marchands du temple à Jérusalem qui vendaient des animaux vivants pour faire des sacrifices.

Et ceci est arrivé à d’autres mystiques d’autres religions et aussi aux pratiquants comme Bodhidharma qui vivaient dans la « vacuité », la conscience de la nature lumineuse de l’univers.

Si rien n’existe en dehors de Dieu, Tout est-il bien ? Il faut quand même tenir compte de la bêtise et de la méchanceté des animaux sauvages et des humains primitifs. Si je rentre en contact avec des lions, ils vont me manger. Donc mon ami le gendarme a raison, il ne faut pas être trop naïf et savoir se cacher et se protéger. Les mantras des divinités irritées du Shingon servent à se protéger.

Devenir impassible pour ne pas réagir aux agressions comme Foudomyôô est une grande qualité.

Il y a des niveaux logiques de fonctionnement dans le monde, selon les circonstances il faut savoir s’adapter avec sagesse pour survivre le plus longtemps possible dans le monde de la dualité concrète.

Si on veut faire du bien, faisons-le en cachette et sans le dire. Donnons-nous une apparence de quelqu’un de dur et sévère, voire désagréable pour ne pas être ennuyé par les parasites.

Mais la loi fondamentale à respecter c’est :« Dieu, ou le Bouddha souhaite un monde bon, juste, harmonieux qui permet l’épanouissement de chaque être, en harmonie avec l’ensemble. »

Toutes les religions ont un système éthique qui peut se résumer en : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »

Pour retrouver la douceur de notre humanité, nous devons réapprendre à aimer de manière désintéressée la vie, tous les êtres et secourir même les plus petits insectes et faire du bien à tous car c’est ainsi que le Bouddha s’exprime partout dans le monde en créant de l’harmonie.

Pour ne plus être quelqu’un d’arrogant, indifférent à la souffrance des autres, nous devons d’abord apprendre à être attentif, respectueux et reconnaissant dans la vie courante. Ceci afin de pouvoir ressentir à nouveau de l’amour et de la compassion d’une manière naturelle pour tous. L’ouverture du cœur de compassion permet ensuite de ressentir la force de vie de l’univers en nous et d’éveiller notre nature de Bouddha.

Yukaï, le 23-8-2026